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    Chronique : s’il faut encore rêver, rêvons de fruits

    Nous vivons sur une terre bénie des dieux, tout le monde le sait. Cela fait des décennies qu’on nous le serine et que les années passant, on peine à le croire. La magie n’opère plus aussi bien. C’est qu’il faut plus de temps qu’autrefois pour se laisser porter par la beauté de ce qui nous entoure. Les marchés aux fruits et aux légumes en sont un bel exemple. Si on fait abstraction de

    la saleté, des odeurs et de l’aspect souvent peu ragoutant des places de marchés, on ne peut qu’être séduit par le foisonnement des couleurs des étals. Voyez donc la profusion incroyable des fruits de saison sur les marchés de la capitale. En ce début du mois de février, vous trouverez des letchis et des pommes ; du raisin et des kakis ; des pêches et des poires ; des prunes et des mangues ; des avocats et des grenades ; des pok pok  et des fraises. Oui, et alors me direz-vous ; les fruits, aussi beaux soient-ils, ne sont pas des remèdes contre la peur de l’avenir. Posons-nous quelques instants, loin de l’inanité de notre actualité politique et apprécions ce que nous offre cette terre bénie des dieux. Pensez que nous sommes des privilégiés : tous ces fruits, oui tous, ont poussé dans ce pays. Pensez que nous ne sommes vraiment pas nombreux sur cette planète à pouvoir affirmer que nos pêches et nos mangues poussent dans le même jardin et à la même époque de l’année. Si certains fruits sont arrivés en charrette jusqu’à l’étal de votre marchand, d’autres ont  voyagé en camion. Mais les fruits et les légumes que vous achetez au marché n’ont pas pris l’avion. L’empreinte carbone de leur voyage est ridicule comparée à celle des cerises chiliennes ou des letchis malgaches que l’on déguste sur les tables de Noël européennes. Apprécions.

    C’est pourtant dans ce même pays, à quelques centaines de kilomètres de ces magnifiques marchés aux fruits qui feraient pâlir d’envie les gourous de la nutrition organique, que des enfants meurent de faim et que leurs mères parcourent un marathon tous les jours pour leur offrir leur ration journalière d’eau saumâtre. Peut-être les dieux ont-ils oublié de bénir cette partie de notre terre exceptionnelle. Mais il y a belle lurette que les hommes ont pris le relais pour administrer, à défaut de le bénir, ce territoire que nous appelons aujourd’hui terre de nos ancêtres. Le transfert de compétences s’est soldé par un échec affligeant. Pour autant, il serait vain d’accuser d’incurie ou de gabegie les dieux ou leurs intercesseurs, nos bien aimés ancêtres. Qui aimeraient sans doute que la magie opère de nouveau dans ce pays où les étals des marchés peuvent être aussi colorés. Puisqu’il faut bien rêver, rêvons qu’un jour, les enfants qui aujourd’hui attendent que leur mère revienne de sa corvée d’eau goûtent le plaisir de savourer une pêche, une prune ou une fraise comme leurs cousins des terres moins arides.

    Kemba Ranavela

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