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    Chronique : un coup de pouce, ça ne peut pas faire de mal

    Nous aimons ce qui vient d’ailleurs, les vêtements ou les voitures, pour ce qui est le plus visible. Nous avons aussi été tentés par des idées nées ailleurs. C’est ainsi que notre république a connu une adolescence révolutionnaire dont les effets se sont dilués dans un ajustement structurel qui devait nous mener à une très bourgeoise maturité. Las, notre république se cherche encore sans se trouver. Ces dernières années nous avons pris de très mauvaises habitudes. Le laxisme faisant loi, nous avons oublié progressivement toutes les règles qui rendent la vie en communauté agréable, sinon supportable. La cité est devenue un champ de bataille où s’affrontent des egos qui, d’après la légende, ont tété le fihavanana au sein de leur mère. Peut-être le fihavanana était-il frelaté… parce que nous ne savons pas vivre ensemble.

    S’il y a une leçon à tirer du marasme actuel, c’est d’abord  qu’il ne faut pas se fier aux mythes et aux légendes pour édicter des règles ou promulguer des lois. Une fois cette dure réalité acceptée, il est temps de passer au sevrage et d’aller chercher des idées nouvelles, souvent au-delà des mers, sans vouloir offenser les ancêtres. Ce ne serait pas la première fois.

    En voici une qui nous vient des Etats-Unis. C’est une «approche philosophique de la gouvernance, publique ou privée, qui vise à aider les hommes à  prendre des décisions qui améliorent leur vie sans attenter à la liberté des autres». Entendez-vous le soupir dubitatif des sceptiques et des pessimistes, si nombreux dans notre pays de Cocagne? Ces mêmes sceptiques et pessimistes qui ne voient de salut que dans un changement radical de mentalité?

    Cette approche philosophique, théorisée par l’économiste Richard Thaler et le juriste Cass Sunstein, propose de donner un coup du coude, «nudge», pour influencer les comportements individuels sans être coercitif. L’économiste britannique Julian Le Grand propose par exemple d’instaurer un «permis de fumer», c’est-à-dire un permis annuel pour acheter du tabac. Le fumeur reste libre de fumer mais est amené à réfléchir régulièrement sur son addiction. On comprend que le nudge ait été traduit en français par «paternalisme bienveillant» et qu’il soit parfois considéré comme un dirigisme déguisé. A Londres, le marquage au sol indique «look right» à chaque passage piéton, rappelant aux touristes que les voitures arrivent par la droite et évitant ainsi qu’ils ne se fassent écraser.

    Pour nous qui avons pris l’habitude de naviguer entre laxisme et coercition violente, la troisième voie du nudge peut paraître utopique.  Mais si elle nous invite à réfléchir sur un nouveau modèle de société, elle mérite toute notre attention.

    Kemba Ranavela

    Thaler et Sunstein, Nudge, la méthode douce pour inspirer la bonne décision, Belin, 2010.

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