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    Simplice A. Asongu La voie moyenne pour le développement de l’Afrique

    YAOUNDÉ – Lorsque l’on examine la question des relations avec la Chine (et de manière plus générale les stratégies de développement), on trouve deux camps opposés en Afrique. Mais l’approche la plus prometteuse est « une voie moyenne » qui apaise les contradictions et offre une vision équilibrée, accommodante et pragmatique, grâce à laquelle les Africains pourront s’unir.

    D’un côté de la question se trouvent les optimistes de la Chine. La coopération avec la Chine, selon leur point de vue, peut permettre à l’Afrique de tracer sa propre voie de développement, indépendamment des prescriptions de la politique occidentale. Ce groupe est favorable au modèle de gouvernance « de Pékin », qui met l’accent sur la souveraineté nationale et sur le contrôle par l’État.

    Dans l’autre camp se trouvent les pessimistes de la Chine. Ils s’inquiètent que la dynamique dans les relations sino-africaines ne favorise exclusivement la Chine. Ils préfèrent l’approche axée sur la démocratie de l’Occident, qui met l’accent sur les droits individuels, soutenus par l’ordre du jour du marché libre représenté par le Consensus de Washington.

    Le troisième groupe comprend « ceux s’accommodent de la Chine » et qui rassemblent les objectifs des optimistes avec la méfiance des pessimistes. Ils insistent sur la nécessité d’une stratégie africaine commune vis-à-vis de la Chine qui minimise les asymétries de la relation. Représentés par le   Nouveau Partenariat pour le Développement de l’Afrique (NEPAD), le groupe de ceux s’accommodent de la Chine se fait le champion de la démocratie, de l’état de droit et des droits de l’homme. Mais comme la Chine, ce groupe s’oppose à toute interférence en provenance de l’Occident.

    Une des raisons pour lesquelles le principe de non-ingérence se révèle si déterminant est que les pays africains, comme la Chine, ont longtemps soupçonné un préjugé occidental marqué dans la conception des « droits humains fondamentaux ». Par exemple, comme les pays occidentaux protègent de plus en plus les droits des homosexuels, une perspective s’est dessinée selon laquelle les bénéficiaires de l’aide vont leur emboîter le pas et placer ces droits au-dessus des « droits nationaux » du gouvernement. En 2014, les États-Unis et l’Europe ont réduit les aides à l’Ouganda, en raison d’un projet de loi imposant des pénalités aux activités des homosexuels.

    Une tendance similaire est manifeste dans la critique de l’Occident (et des pessimistes de la Chine en Afrique favorables à l’Occident), que la Chine appelle la diplomatie des ressources en Afrique. Après tout, l’approche de la Chine n’est pas différente des relations pétrolières de longue date de l’Amérique avec des pays comme l’Arabie saoudite. Et ce n’est pas comme si l’implication historique en Afrique de démocraties vénérées comme la France avait été façonnée par les valeurs de « liberté, égalité et fraternité. »

    Dans ce contexte, alors qu’il est évidemment essentiel que les pays africains protègent les droits individuels de leurs citoyens, les opinions extérieures de ce qui constitue un tel droit ne doivent pas l’emporter sur l’autorité souveraine légitime. De même, le droit international ne doit pas créer de vide, pour que certains pays puissent critiquer et punir les autres pays au sujet de questions qui sont réglées conformément aux dispositions de la loi et de la démocratie nationale. Cela comprend l’application sélective du droit par la Cour Pénale Internationale.

    Modèle

    Un autre conflit que le NEPAD entend résoudre est celui entre les droits économiques, ou « le droit au pain » que les partisans du modèle Pékin considèrent comme primordial, et les droits politiques, ou « le droit de vote » promu par le camp pro-occidental. La clé du problème se trouve dans l’ordre des priorités.

    Étant donné qu’une personne affamée renoncera probablement à son droit de vote pour du pain, on peut supposer qu’un certain niveau de prospérité doit être atteint avant que les droits politiques ne deviennent la priorité absolue. Cependant aussi impliqués que soient les pessimistes de la Chine dans l’économie de marché, il est indéniable que l’économie contrôlée par l’État de la Chine a sorti des millions de gens de la pauvreté et a rapidement créé une classe moyenne naissante. Ceci suggère également que les pays africains doivent accorder la même attention à la croissance économique, ce qui exigera un engagement dans des économies dynamiques comme celle de la Chine.

    En effet, tandis que les plus pessimistes n’aiment pas l’idée de liens plus étroits avec la Chine, la raison pour laquelle cela est nécessaire (la mondialisation de l’économie), dérive en fait des principes du Consensus de Washington, si chers à leurs yeux. Dans tous les cas, une fois établie une classe moyenne solide, on peut ensuite donner la priorité à la création d’une démocratie libérale crédible et durable.

    La nécessité d’une approche du développement à deux volets, qui incorpore des éléments du modèle de Pékin et du Consensus de Washington, a été remise au premier plan par les conséquences des révoltes du Printemps arabe de 2011. Le manque de perspectives économiques a été un facteur déterminant des manifestations pro-démocratiques en Tunisie, en Égypte et ailleurs. Mais la conviction que le droit de vote allait encourager le droit au pain n’a pas bien fonctionné.

    En fait, malgré le renversement des régimes autoritaires, l’Égypte s’est avérée jusqu’à présent incapable de construire des gouvernements démocratiques crédibles ou d’imposer de façon efficace l’état de droit, le changement en Tunisie reste précaire et la Libye est nettement moins bien lotie (économiquement et politiquement), qu’avant 2011. Peut-être que si les droits souverains avaient été mieux respectés, avec des puissances extérieures soutenant le processus de concertation au lieu de fomenter des coups d’État, des avancées politiques aurait pu se produire, ouvrant ainsi la voie à des initiatives favorables à l’économie dans un contexte relativement stable.

    Incertitude

    Pourtant l’Occident ne semble ne pas avoir retenu la leçon. En effet, l’Occident a longtemps exigé que le Président syrien Bachar el-Assad renonce au pouvoir avant qu’un processus de paix crédible puisse commencer. Bien que les dirigeants occidentaux aient assoupli leur position ces derniers mois, le mal était déjà fait : incertain de sa survie physique, Assad a déclenché une horrible guerre civile, dont l’État islamique a tiré un parti considérable. Et il est toujours au pouvoir.

    Rien de tout cela ne cautionne la politique répressive des dirigeants autoritaires (de Hosni Moubarak en Égypte à Mouammar Kadhafi en Libye), dont les régimes ont été renversés. Le problème consiste plutôt à mettre l’accent sur les avantages potentiels d’une approche axée davantage sur la stabilité, par laquelle les efforts pour garantir les droits politiques se réconcilient avec les principes du respect des droits nationaux et souverains, conformément au modèle de Pékin.

    La participation croissante de la Chine en Afrique est importante non seulement pour les avantages économiques directs qu’elle peut apporter, mais aussi pour l’impact qu’elle peut avoir sur les stratégies de développement. Avec une approche qui fusionne le modèle chinois et occidental (l’équilibre entre droits de l’homme et intérêts nationaux, entre droits individuels et autorité souveraine, entre droits politiques et objectifs économiques), les pays africains pourront considérablement améliorer leurs perspectives de développement.

    Par Simplice A. Asongu

    Copyright: Project Syndicate, 2016.

    Exclusivité :

    «  Les Nouvelles ».

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