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    Chronique : modérez-vous, vous n’en serez que plus puissants

    Il ne vous aura pas échappé que le développement personnel est à la mode. L’accomplissement de soi par des chemins de traverse est dans l’air du temps. On peut railler ce nouveau «concept» si l’on considère que la majorité silencieuse et laborieuse ne se sent pas particulièrement concernée par le développement personnel comme par ces nombreuses idées nouvelles qui nous viennent d’au-delà des mers. Mais ce serait trop facile. Tous ceux qui vivent dans les villes et aux abords des lieux touristiques sont exposés aux bouleversements qui s’invitent par toutes les failles d’une société en mutation. On comprend d’autant mieux le succès des coachs -le terme est accepté en francophonie- pour nous aider à mettre de l’ordre et du sens dans nos vies. Imaginez leur travail passionnant quand, c’est le cas dans notre pays, le développement personnel est un périlleux équilibre entre réalisation de soi et affirmation de son appartenance communautaire. Hélas, conséquence d’amalgames pas très heureux, les prédicateurs et les directeurs de conscience font souvent office de coachs auprès des plus timorés d’entre nous. La démarche individuelle et les remises en question qui l’accompagnent peinent à trouver une place dans le vivre ensemble idéalisé mais irréalisable que nous appelons fihavanana.

    Tout n’est pas gris dans le monde du développement personnel. Si les gourous des temps modernes s’appuient sur nos craintes pour imposer leurs dogmes, il y a dans notre société en mutation un milieu, encore confidentiel, pour lequel s’autoriser des questionnements, c’est aussi découvrir de nouvelles façons d’habiter le monde, les pieds sur terre et l’esprit alerte. On apprend ainsi qu’entre le fihavanana et la réconciliation nationale, s’aventurer sur d’autres voies n’est pas insensé. Celle de la modération, par exemple, proposée par le philosophe et paysan Pierre Rabhi est très intéressante pour nous autres «gens du sud» émoustillés par les artifices du monde moderne : «la modération est puissante en ce qu’elle nous permet de reconquérir notre légitimité : plus nous sommes modérés, plus nous pouvons répondre à nos besoins fondamentaux et nous garder de l’aliénation. Elle concentre nos efforts sur l’essentiel, nous libère d’un système complexifié et exalte le génie et la force de la simplicité».

    L’actualité récente a montré que la réalisation de soi et l’affirmation de son appartenance à une communauté sont sources de conflit pour tout le monde, tant à la base de la société qu’au plus haut niveau de l’Etat. Il est temps qu’un coach propose ses services aux sommets de nos institutions afin que nos grands hommes apprécient la «puissance libératrice de la modération».

    Kemba Ranavela

    • Rabhi Pierre, La puissance de la modération, Hozhoni Editions, 2015.

     

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