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    Chronique : et si on changeait de lunettes ?

    Sur les bancs du collège, vous avez probablement appris qu’il existait une «route de la soie», c’est-à-dire un réseau de routes commerciales qui reliaient l’Europe à l’Asie. Comme vous avez appris que les «grandes découvertes» ont chamboulé la face du monde dès lors que les Européens sont partis à la conquête des océans pour faire de la planète un immense marché de matières premières. L’histoire que nous connaissons est celle mise en lumière par ceux qui écrivent, publient et diffusent une lecture du monde décodé à l’aide d’un chiffre constamment modifié mais encore très eurocentré. Nous-mêmes, alors que nous savons être le fruit d’une épopée maritime qui a précédé, et de très loin, les grandes découvertes des marins européens, peinons à nous défaire de nos vieilles habitudes de lecture du monde qui offrent un très relatif confort intellectuel.

    Il en est ainsi de votre humble serviteur, chroniqueur du jour et lecteur de Books, revue qui propose «l’actualité à la lumière des livres», revue éditée… en France.

    Dans son numéro de juillet-août, Books nous emmène sur la «route de l’argent» et les débuts de l’économie globalisée avec un essai d’Arturo Giraldez publié en 2015. Au carrefour de cette route, Manille, colonie espagnole fondée en 1571, cœur des échanges pendant plus de deux siècles entre l’Amérique espagnole, premier producteur mondial d’argent et la Chine, premier consommateur d’argent. Or, remarque Juan José Morales, auteur de l’article traduit et publié dans Books, «l’épopée des galions qui commerçaient entre la Chine et l’Amérique hispanique via Manille a été passablement oubliée, comme si un chapitre avait été arraché à nos livres d’histoire. (…) Cela tient en partie à un eurocentrisme qui ne peut concevoir la Chine que dans un rôle passif et non comme un acteur majeur ; en partie, aussi, à une vision étroite de l’Empire espagnol, longtemps réduit au récit de son déclin».

    Dans le sud-ouest de l’océan indien, nous n’avons pas arraché de chapitre à nos livres d’histoire et pour cause, nous devons encore les écrire sans oublier de nous émanciper de l’eurocentrisme qui nous colle à la peau. Nous pourrons alors porter un nouveau regard sur la Chine, acteur majeur de notre économie, et sur le reste du monde. Pour cela, ne pas hésiter à croire avec Books, et d’autres revues européennes, que «les idées changent le monde».

    Kemba Ranavela

    The Age of Trade : The Manila galleons and the dawn of the Global Economy (L’ère du commerce : les galions de Manille et l’aube de l’économie mondialisée), Rowman & Littlefield, 2015  par Arturo Giraldez, professeur de littérature hispanique et d’histoire des relations internationales à l’université du Pacifique en Californie, spécialiste de l’histoire monétaire.

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