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    Pérégrinations hebdomadaires : gonflement d’une grogne populaire

    Divers foyers de mécontentement déversent des braises incandescentes dans le lit de la grogne dont les vagues menacent de déborder en flots rugissants pour tout emporter sur leurs passages. Divers corps de l’administration sortent les griffes pour exprimer des revendications sectorielles, mais c’est surtout le gros de la population qui manifeste impatience et fureur à devoir supporter les difficultés supplémentaires provoquées par une hausse du coût de la vie. De surcroît la médiocrité aggravée de la distribution de l’énergie électrique matérialisée par une multiplication à durée de plus en plus longue du phénomène délestage n’est pas pour convaincre de la compétence du pouvoir ni à gouverner ni à tempérer la colère des citoyens.

    Ecumes d’une perte de confiance

    La multiplication des exécutions fatales par des foules hystériques tend à réduire ces faits condamnables en banalité tant elles hantent quotidiennement la rubrique des faits divers, cette banalisation constitue un signe alarmant sur une dérive grave qu’emprunte la société. On attribue la pratique de ces jugements de rue à la fureur de la population contre l’état d’insécurité, ce qui n’est pas faux, mais au-delà elle représente aussi le heurt de cette colère sur le mur d’une perte de confiance du peuple en l’Etat, choc qui rejaillit en multiples écumes.

     Le public exprime qu’elle a cessé de prêter crédit à l’Etat, un Etat jugé défaillant à assumer ses obligations : celle de protéger les personnes et les biens par une efficacité des forces de l’ordre, celle autre  d’exercer une juste répression par une bonne justice. Les poursuites, nécessaires certes à l’encontre des participants à ces entreprises de justice expéditive, ne suffiraient pas à imposer l’ordre si l’on ne commence par une reconquête de la confiance populaire en rétablissant une normalité dans le fonctionnement des services de l’Etat. Se battre contre les effets davantage qu’à apporter remèdes aux causes ne constitue pas le meilleur gage pour obtenir des résultats. Les spectacles montés en vue de dissuader ne garantissent rien tant que l’on n’a pas éradiqué les racines du mal. C’est l’Etat qui est malade, les éruptions de fièvre manifestées par des gens du peuple n’en sont que certaines des conséquences visibles dont d’autres plus aigües restent à craindre.

    Délestages, hausse des prix : terreaux fertiles à une explosion

    Période difficile pour la population, moments critiques pour le pouvoir. De tous côtés l’épreuve de l’aggravation du phénomène délestage occupe le débat, les usagers s’émeuvent et se lamentent du niveau atteint, les gouvernants tentent de convaincre à propos des raisons insurmontables de la situation : cercle vicieux source de pires hypothèses dans l’opinion, aboutissant irrémédiablement à l’unique conclusion sur un constat, les circonstances échappent à la maitrise du pouvoir. Toutefois selon certains analystes ni la détestation des délestages ni l’épouvante de la hausse des prix ne suffiraient de prétexte à une explosion de colère propre à provoquer de grands troubles. Dans le passé la population ne s’est soulevée qu’à la faveur d’une étincelle qui a donné un semblant d’élévation à un mouvement de révolte. Elévation souvent retombée aussi vite qu’un rond de flan, procurant dès le lendemain une gueule de bois à ceux qui se sont enivrés à jouer des rôles d’utilité tels des pantins dont, tapis dans l’ombre ceux qui manœuvraient pour tirer du feu les marrons, tiraient les ficelles. Des phénomènes identiques, délestage et inflation, martyrisent actuellement bien des populations dans plusieurs états d’Afrique, ce qui n’explique pas les causes ni ne justifie l’impuissance des gouvernants à les surmonter autrement qu’en imposant à la population de s’y résigner.  Symptomatique le courage du pouvoir local à pousser la Jirama à médiatiser une communication, sorte de supplique pour demander de la population davantage de compréhension et faire montre de patience. Mission à connotation politique (dans le sens noble si tant est qu’il en reste en la matière), dans un habit d’humilité que ne savent revêtir ici les gens du pouvoir tant imbus de suffisance. Repliés sur eux-mêmes, absorbés par la préoccupation de défendre leurs propres intérêts, éloignés de la réalité qu’endurent les populations, nombre d’entre eux ne perçoivent de la situation qu’une idée diffuse craignant avant tout une menace sur leur propre situation.

    De son côté blanchi au harnois des déconvenues suite aux fausses promesses, telle celle de la fin des délestages qui à l’inverse apparait par une aggravation, le peuple a conquis une maturité insoupçonnée par ceux qui l’imaginent encore aussi crédule que naïf à gober cru les fariboles  d’antan. Actuellement aucun des joueurs politiciens dans l’arène ne saurait prévoir ce qu’en surprise le peuple réserve de réaction. Ce n’est pas faute des deux côtés (pouvoir et opposition) de s’essayer à diverses manipulations. La crainte dans leurs états-majors concerne surtout la transformation d’une majorité autrefois silencieuse en majorité agissante neutralisant les minorités manipulées en foules hurlantes comme représentatives du peuple. L’orage ne fait que gronder, les prochaines semaines menacent d’être décisives.

    Léo Raz

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