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    Loi de finance initiale 2022: les infrastructures, toujours les infrastructures

    Loi de finance initiale 2022: les infrastructures, toujours les infrastructures

    Des routes, des écoles, des ponts, un pipeline… La loi de finance 2022, dans son exposé des motifs, fait la part belle aux constructions nouvelles. “Infrastructures pour l’éducation et la santé” ; “Opérationnalisation des engins attribués aux Régions” ; “Infrastructures routières” ; “Renforcement de la production énergétique”, et le fameux pipeline Efaho pour approvisionner le Grand Sud en eau…

    La reprise économique ne passera pas par un plan d’aide au secteur privé, comme dans bon nombre de pays. A Madagascar, le décollage de l’économie, selon le texte, serait permis par la mise en place de “l’écosystème infrastructurel permettant de soutenir l’industrie malagasy et le secteur privé en général”. C’est-à-dire les projets évoqués plus haut. Et dans le budget, cela se traduit en effet par des dépenses d’investissement 20% plus élevées que dans la LFR 2021. Et le total des budgets des ministères augmente de 14%.

    En matière sociale, l’Etat prévoit d’augmenter les transferts aux communes et les produits subventionnés divers aux habitants de l’île en difficulté. Les autorités augmentent aussi drastiquement les budgets des ministères sociaux. L’Environnement, l’Eau, et la Protection sociale vont bénéficier d’une augmentation de 75 à 350% de leur budget par rapport à la LFR 2021.

    Le texte a été voté mardi 23 novembre, sans amendement, par 84 voix pour. La loi aurait été élaborée à la suite de conférences budgétaires en présence des “acteurs locaux”, depuis février 2021. Les gouverneurs se sont aussi réunis à Mantasoa, le 3 septembre 2021, pour “prioriser” les mesures.

    Pas de mesure contre la corruption

    Le texte de la loi de finance ne contient aucune occurrence du mot “corruption”. Si la lutte contre ce fléau continue, elle ne fait en tout cas pas partie des priorités du budget 2022.

    “La réalisation des infrastructures n’est pas mauvaise mais on doit déployer des efforts pour éradiquer la corruption”, affirme Andriatahina Rakotoarisoa, écono- miste membre du Cercle de Réflexions des Économistes de Madagascar (CREM). “Qu’on le veuille ou non, la corruption a un impact sur l’économie. Elle freine la croissance économique, affaiblit l’Etat de droit, et entraîne aussi un gaspillage de compétences et de toutes les ressources précieuses.”

    En réalité, la lutte contre la corruption irait de paire avec une politique d’infrastructure réussie. Trop souvent des budgets sont détournés. L’épaisseur du bitume des routes en témoigne parfois. Là où une couche de 10 centimètre assurerait une bonne longévité à la route, les quelques centimètres effectivement en place ne tiennent que quelques mois…

    Et dans le secteur privé, la corruption freine souvent les investissements et les projets divers. Pour Andriatahina Rakotoarisoa, “l’Etat doit venir en aide aux entreprises victime de corruption”.

    La société civile demande plus de transparence

    Les organisations de la société civile, dans le mouvement Rohy, ont réagi à la LFI 2022. Elles demandent globalement plus de transparence. Plusieurs points leurs semblent opaques.

    => “Les fonds alloués au Sud devraient être facilement identifiables avec des prévisions d’utilisation et des indicateurs de performance clairs”, explique leur déclaration

    => Les transferts vers les sociétés publiques, comme Air Madagascar et la Jirama, manqueraient aussi de transparence. L’Etat a en effet procédé à un transfert de près de 200 millions de dollars vers la compagnie nationale d’électricité en 2020, sans que le parlement ne soit consulté et sans que la destination précise de l’argent ne soit connue. “Pour 2022, les transferts s’élèvent à 1 869,2 milliards d’ariary, dont plus de 68% sont inscrits au niveau du ministère des finances”, chiffre la société civile.

    => “Entre la LFR 2021 et la LFI 2022, les opérations d’ordre ont été plus que multipliées par 3 et elles ont été multipliées par 14 par rapport à la LFI 2019 ; elles s’élèvent ainsi à 2 728,4 milliards Ar dans la LFI 2022, soit 19,6% du budget”, écrit la société civile. Les opérations d’ordre ne donnent pas lieu à des décaissements réels, en théorie. Ce sont juste des jeux d’écritures comptables.

    Les zones franches sont-elles en danger ?

    Dans la LFI, l’Etat a diminué la période de grâce : un certain temps où les entreprises franches ne paient pas d’impôts. Auparavant, les entreprises étaient exemptées d’impôt durant 2 ou 5 ou 15 ans selon leur catégorie.

    Mais la LFI transforme ces durées en 1, 3 ou 10 ans. La mesure concerne seulement les nouvelles entreprises. La ministre de l’économie, Rindra Hasimbelo Rabarinirinarison, justifie la mesure par le fait que les entreprises ferment à la fin de leur période de grâce… Pour rouvrir sous une autre forme dans le but d’esquiver les impôts.
    En réduisant la durée, l’État complique cette manœuvre jugée comme de l’évasion fiscale.

    “Les économistes sont d’accord sur le fait que cette mesure risque de faire fermer les entreprises concernées, il est aussi possible que Madagascar n’attire plus de nouveaux investisseurs. On peut se poser la question de combien d’emplois sont menacés”, analyse Andriatahina Rakotoarisoa.

    De son côté, Hery Lanto Rakotoarisoa, le Président du Groupe des entreprises franches et partenaires (GEFP) se désolait sur RFI, le 23 novembre : “Aujourd’hui, la zone franche représente 150 000 emplois à Madagascar, 40% des cotisants de la CNAPS, la Caisse nationale de prévoyance sociale, 30% du PIB ! Voter ce projet de loi en l’état, et vue la situation actuelle créée par la pandémie, c’est précipiter Madagascar dans une crise sociale sans précédent.”

    Emre Sari et
    Tiana Ramanoelina

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