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    Coupure d’électricité et pertes économiques en série. Episode 1: Jirama, mon amour

    Coupure d’électricité et pertes économiques en série. Episode 1: Jirama, mon amour

    Les entreprises pensaient avoir tout vu avec la Jirama… Elles sont habituées aux coupures… même si leur fréquence et leur longueur actuelles atteignent des records : jusqu’à 6 heures, plusieurs fois par jour.

    Mais -et c’est nouveau- la Jirama a explicitement demandé aux entreprises de ne pas consommer d’électricité aux heures de consommation de pointe, de 17h à 22h, dans une lettre adressée à tous les groupements d’entreprises, début janvier. Cette demande fait suite à l’incendie d’un transformateur à la centrale hydroélectrique d’Andekaleka, qui alimente la capitale et tout le Réseau interconnecté d’Antananarivo -incluant donc aussi Antsirabe et ses nombreuses usines.

    La Jirama écrit : “Nous demandons une franche collaboration de la part de tous les membres de vos Associations et Groupements pour quelques jours afin de pallier les fréquentes coupures d’électricité ; nous vous serions reconnaissants de vous demander de bien vouloir vous effacer de 17 heures à 22 heures.” Selon la lettre, la demande touche “Tana, Ambatolampy, Antsirabe, Manjakandriana, Moramanga, Mahitsy, Andranovelona, Arivonimamo, Miarinarivo, Soavinandriana, Sabotsy Namehana, Talatanivolonondry”.

    Ainsi, c’est aux chefs d’entreprise de “collaborer” et de s’adapter à l’offre d’électricité de la Jirama. Juste après l’explosion, la société d’Etat a fait part d’un manque de puissance de 50 puis de 100 mégawatts. Selon Andry Rajoelina, qui a fait le déplacement cette semaine, la centrale d’Andekaleka ne serait de nouveau opérationnelle que dans 6 à 8 mois.

    Normalement, c’est la Jirama qui est censée, dans son objet social, apporter aux entreprises de Madagascar les moyens énergétiques pour produire. Mais la société d’État demande l’inverse…

    Au final, cette panne et ces coupures pourraient coûter des faillites, des emplois perdus, et plusieurs points de PIB. D’autant que c’est, en plus, surtout le secteur formel qui en pâtit, car l’informel se débrouille en général avec des activités qui nécessitent peu de courant.

    En réaction, les Nouvelles ont interrogé trois présidents de groupement et un expert du secteur de l’énergie. Tous ont une exclamation commune : “C’est très grave !”

    Tous les restaurateurs enregistrent une perte d’activité” – Johann Pless, président de la Fédération des Hôteliers et Restaurateurs de Madagascar.
    “Tous les restaurateurs entre Moramanga, Antananarivo et Antsirabe enregistrent une perte de revenu ! C’est extrêmement grave ! Quand il fait tout noir, d’abord les gens ne veulent pas sortir de chez eux à cause de l’insécurité. Ensuite, on perd de la compétitivité et de l’attractivité… Il est compliqué de dîner à la bougie.”

    Il déplore aussi les dommages à l’appareil de production. “Tout ne fonctionne pas au gaz. Ces baisses et hausses de tension cassent nos matériels et nos moteurs. On a moins de revenu et plus de charges, car on doit racheter du matériel. C’est encore difficile pour une entreprise d’utiliser un groupe, de payer de l’essence, de trouver un local pour la stocker, et ainsi de suite.”

    Il regrette aussi que, par le passé, toutes les demandes et les alertes n’ont pas eu de résultats… Alors que les problèmes de fond sont connus. “Pendant les trois dernières années, on a eu beaucoup de réunions avec les groupements des entreprises de Madagascar et les dirigeants de la Jirama pour les alerter. On leur a demandé une planification pour que les délestages ne se produisent plus… Parce que nous tous, les industriels et les professionnels de la restauration et de l’hôtellerie, nous savons que depuis 20 ans, étant donné que les moyens de production n’ont pas augmenté, il y a un manque d’énergie chronique. Nous savons qu’il y a des industriels en plus sur le réseau. Nous savons qu’il y a des calls-centers en plus. Et qu’il y a de plus en plus de consommateurs. Et on n’augmente pas les moyens de production.”

    Des emplois déjà menacés…” – Hery Lanto Rakotoarisoa, Président du GEFP (Groupement des Entreprises Franches et Partenaires).
    La situation s’avère grave aussi du côté des entreprises franches. “Pour pouvoir continuer à travailler, la plupart des sociétés doivent acheter du carburant pour utiliser les groupes électrogènes. Mais parfois, les groupes ne peuvent pas supporter la totalité des machines et donc les entreprises se trouvent dans l’obligation de diminuer leur effectif”, constate-t-il. Au sein de ce groupement, la moitié des membres œuvrent dans le textile, et 15 % dans les technologies de l’information et de la communication comme les calls-centers ou les sociétés de traitement informatique.

    On navigue à vue. On demande des prévisions” – Hassim Amiraly, Président du Syndicat des Industries de Madagascar, qui regroupe environ 150 sociétés.
    “C’est catastrophique. On peut comprendre et on peut supporter des choses, mais nous sollicitons aussi des explications claires et précises afin qu’on puisse se préparer et faire des prévisions. Entre ce qu’on nous annonce et ce qui se passe vraiment, on a l’impression qu’on navigue à vue. Alors que déjà, lors du confinement, des usines ont dû fermer.”

    Un problème plus profond et plus grave que l’absence de courant” – Expert de l’énergie
    “Depuis 20 ans, il y a des délestages entre le 15 octobre et le 15 janvier. Tous les ans, durant l’étiage, il y a un manque d’eau au niveau des barrages hydroélectriques. Depuis deux décennies, en plus, il n’existe pas de service juridique ou commercial compétent à la Jirama. Et il n’y a ni service après-vente, ni assurance qui rembourse…”, regrette-t-il. Pour lui, le problème serait arrivé avec ou sans l’incident à Andekaleka, car la ville d’Antananarivo grandit et “pourtant il n’y a pas de nouveaux moyens de production”, lance-t-il.

    Et il en fait un souci plus grave. “On n’a pas de souveraineté nationale énergétique !, clame-t-il. L’absence de barrages hydroélectriques fait que, dans nos centrales thermiques, si le fournisseur de carburant ne livre pas, on n’a plus de courant… Et tout s’arrête.”

    Emre Sari et
    Tiana Ramanoelina

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