A Madagascar, comme ailleurs, manifester reste un moyen indispensable pour exprimer des revendications politiques ou sociales. Cette pratique, ancrée dans l’histoire du pays, amène à se demander comment concilier l’exercice de la liberté d’expression avec le respect des droits d’autrui ? Les récentes manifestations à Analakely (marchands de rue) ou Toliara (manifestation sur le projet Base Toliara), où des commerces ont fermé et la circulation perturbée.
Bien que légitimes dans leur essence, ces manifestations ont entravé d’autres droits tels que la circulation, activité économique ou sécurité. Ces situations révèlent un équilibre délicat. La liberté de manifester, corollaire de la liberté d’expression, est reconnue comme un droit fondamental par les textes internationaux et nationaux. Dans le pays, l’article 10 de la Constitution garantit ces libertés sous réserve du respect des libertés et droits d’autrui, et par l’impératif de sauvegarde de l’ordre public, de la dignité nationale et de la sécurité de l’Etat. Si les mots « peuvent sauver des vies », comme le soulignait Anna Politkovskaïa, une journaliste russe et militante des droits humains, ils peuvent aussi être portés par des canaux moins conflictuels.
Des demandes de réunions avec les autorités, des pétitions ou des débats publics permettent d’exprimer des revendications sans paralyser la vie collective. L’histoire malgache montre pourtant que les manifestations ont parfois été des catalyseurs de changements majeurs, rappelant leur rôle irremplaçable dans les crises politiques. La liberté d’expression, qu’elle s’exerce à travers des discours, des écrits ou des manifestations, exige une maîtrise des formes. A travers ceux-ci, les blocages disproportionnés seront évités. Il est préférable de privilégier le dialogue préalable, ou choisir des modes d’action non-violents. En fin de compte, l’expression collective ne doit pas devenir un outil de division, mais un pont vers des solutions partagées. Manifester reste un droit précieux, mais son exercice doit s’inscrire dans un équilibre où chaque liberté trouve sa place.
F.M