Na Hassi publie son premier roman « Deux cœurs dans mon corps » aux éditions Project’îles. Après avoir reçu un accueil positif lors du lancement officiel du livre, ce mois-ci en France, l’autrice est récemment revenue au bercail pour promouvoir l’ouvrage, tout en travaillant parallèlement
à son adaptation scénique. Interview.
* Les Nouvelles : « Deux cœurs, dans mon corps » est-il juste un roman comme un autre ou avez-vous voulu faire passer un message ?
– Na Hassi : Deux cœurs dans mon corps, c’est l’histoire de Marao, une jeune femme née dans des circonstances à la fois délicates et douloureuses. Le roman interroge comment exister lorsqu’on porte en soi une histoire marquée par le silence. C’est aussi un cheminement intérieur, celui d’un personnage en quête de vérité sur son passé fragmenté et dont bien des éléments lui échappent encore. A cela s’ajoute aussi le besoin de se reconstruire et de se retrouver, surtout après la perte de sa grand-mère, véritable pilier de son existence.
* S’agit-il d’une fiction ou d’une histoire vraie ?
– J’aurais aimé que ce soit une fiction mais malheureusement, c’est une histoire vraie et qui est très commune, mais on n’en parle pas. Les questions de viol et d’inceste dans ce pays, tout le monde est au courant mais personne n’ose vraiment en parler. La société décide tout simplement de ne pas en parler par honte, par ignorance, par solidarité, par je ne sais pas pour quelles raisons.
* Face à ce contexte de tabou et de non-dit, comment avez-vous pu trouver les mots justes, pour écrire le livre ?
– Ça a été difficile de trouver les mots justes, et je ne sais même pas si les mots que j’ai utilisés là sont justes, équitables et suffisants, parce qu’on ne peut pas dire l’indicible. C’est quelque chose de très difficile à aborder, surtout à cause du silence qui a entouré ce sujet-là depuis toujours. En parler dans cette histoire a été un long travail, à la fois personnel et artistique. Il y avait vraiment une prise de distance nécessaire et c’est pour cela que j’ai bénéficié de l’accompagnement littéraire de Michèle Rakotoson. La couverture, signée Yasmine Fidimalala, porte vraiment aussi l’histoire dans cet élan de solidarité. Parce qu’il est question de solidarité dans le livre.
* Un regard masculin a-t-il influencé l’écriture?
– C’est avec Sid Samuel, professeur de malgache et de philosophie à Manjakandriana, que j’ai eu des échanges précieux autour de la culture malgache, notamment sur les us et coutumes. Son regard aiguisé et profondément enraciné dans cette tradition, m’a permis de mieux situer mon personnage, à la fois géographiquement et culturellement, dans le roman. Ce dialogue a véritablement enrichi ma démarche d’écriture. Par ailleurs, Serge Henri Rodin avait lu ce texte avant que je ne l’envoie à l’éditeur. Il m’en a fait un retour à la fois positif et pertinent, ce qui m’a profondément touchée. Je suis heureuse d’avoir eu cet échange avec lui, même si, aujourd’hui, il n’est plus parmi nous.
* Le lancement de l’ouvrage a eu lieu en France !
– Mon déplacement en France était le fruit d’une collaboration entre plusieurs institutions et plusieurs personnes, parce que c’est la première fois que je suis éditée à l’étranger. Du 7 au 9 juin, j’ai eu la chance de participer au Festival Etonnants Voyageurs à Saint-Malo, un rendez-vous majeur de la littérature francophone. Grâce à Paysages Humains et à l’IFM, j’y ai présenté mon livre aux côtés de grandes maisons d’édition et d’auteurs renommés. L’accueil a été formidable, de nombreux lecteurs sont venus découvrir le roman sur notre stand. J’ai ensuite enchaîné avec des rencontres presse à Paris, une soirée poétique à Avignon où le slam-poésie a rencontré un beau succès dans un cadre très littéraire, puis une présentation à Nantes à la Maison des Citoyens du Monde, grâce à Hetsika Madagascar. Une tournée intense, riche de rencontres et d’émotions.
* Puis, le livre a été présenté le 21 juin à la médiathèque de l’Institut français de Madagascar, et une adaptation scénique est en vue…
– Effectivement, il s’agit du lancement officiel du roman à Madagascar. Ce 23 juin marque la reprise du travail. Grâce au soutien de l’IFM, de Paysages Humains et de la société LBC, nous pouvons réellement nous consacrer à l’adaptation scénique, un travail amorcé en parallèle de l’écriture du roman, l’an dernier. Mais cette adaptation ne pouvait reprendre pleinement qu’une fois le livre officiellement publié. Aujourd’hui, avec la sortie du roman à Madagascar, le spectacle «Marao» représente la prochaine étape de ce projet.
Recueillis par Joachin Michaël




