Drame d’Ambohimalaza: les autorités coupent court aux rumeurs

L’affaire d’empoisonnement de masse durant l’anniversaire de Fenohasina, dans la nuit du 14 au 15 juin à Ambohimalaza, ne cesse de réserver son lot de rebondissements. Les rumeurs et spéculations enflamment la toile, à tel point que les observateurs remettent en question la véracité des informations officielles. Ainsi hier, les responsables ont mis les points sur les « i » afin de rassurer l’opinion.

Il y a un mois jour pour jour, seuls les convives à l’anniversaire de Fenohasina et leurs proches, ainsi que le personnel de santé ont été au courant de la tournure tragique qu’a prise cette fête. Certains d’entre eux avaient même été choqués de savoir qu’ils allaient se rencontrer à l’hôpital. Mais voilà maintenant, 29 personnes sont mortes des suites de ce drame et 12 en­core en cours de traitement au CHU JRA si l’on se fie aux statistiques non officielles issues des décomptes du nombre de morts après l’arrêt de la sortie du bilan quotidien de cet hôpital.
En tout cas, les tentatives d’apaisement menées par les autorités n’ont fait qu’alimenter les débats et engendrer des spéculations et ru­meurs. En premier lieu, la remise en question de l’information selon laquelle il ne s’agissait pas d’une Toxi-infection alimentaire collective mais d’un empoisonnement délibéré. Les trois suspectes placées sous mandat de dépôt à la maison centrale d’Antanimo­ra jusqu’ici, sont vues par beaucoup comme des victimes collatérales. Sur ce point, la Pro­cureure de la Républi­que près le tribunal de première instance d’Antanana­rivo, Narindra Navalona Rakotoniaina, a répété à maintes reprises qu’avant le procès, la présomption d’innocence est toujours de mise. D’ailleurs, selon elle, le procès de tous les accusés dans cette affaire aura lieu lors d’une séance publique pour garantir la transparence.
Lors de la publication des résultats d’analyse émanant d’un laboratoire étranger, les responsables n’ont fait mention que d’éléments hautement pathogènes et inhabituels dans les aliments et organismes humains. Cela a provoqué un tollé de réactions, comme quoi les autorités cachaient délibérément des informations cruciales. Cependant, comme il fallait s’y attendre, la procureure de la République a justifié, hier, le choix de ne pas di­vulguer le nom dudit poison, « pour éviter que des gens malintentionnés les utilisent pour mettre en péril la vie d’autrui ». Pour autant, les principaux concernés, notamment les familles des victimes peuvent engager des avocats, lesquels auront accès aux documents liés à ces résultats d’analyses, a-t-elle indiqué.

Récupération politique

De son côté, le ministère de la Santé publique a diffusé une vidéo sur les réseaux so­ciaux, hier, montrant les survivants à ce drame. Vers la fin de ladite vidéo, le Pr Andry Maharo Andrianari­velo, professeur agrégé en bactériologie et virologie, directeur du laboratoire LA2M, a expliqué que la toxine botulique ne peut se développer, ni après une cuisson prolongée, ni dans des aliments à forte teneur en sucre tels que le donut désigné comme cause de ce drame. Cependant, alors que certains semblent ne pas convaincus de la thèse de l’empoisonnement, d’autres en font une récupération politique pour tirer à boulets rouges des responsables qu’ ils souhaitaient évincer plusieurs fois.
C’était le cas du ministre de la Jeunesse et des sports, Abdoullah Marson Mousta­pha qui, après la motion de censure avortée orchestrée par des députés durant la dernière session ordinaire du parlement, a fait l’objet cette fois d’accusations non fondées. Selon les rumeurs ayant circulé sur les réseaux sociaux, il aurait été le «sugar daddy» de Fenohasina qui lui a offert un tout-terrain comme cadeau d’anniversaire et que sa femme aurait concocté cet empoisonnement de masse. Face à ces allégations, le ministère qu’il dirige, a déposé une plainte au service de lutte contre la cybercriminalité pour atteinte à l’intégrité de ce haut responsable. D’ailleurs, ces accusations ne concernent pas uniquement le ministre en personne, mais pourraient annihiler les efforts entrepris jusqu’ici dans l’épanouissement de la jeunesse et la promotion des sports malgaches.
En tout cas, d’après le Dr Mamisoa Judicaël Rakoto­naivo, adjoint chargé des affaires techniques du CHU JRA, hier lors de la visite sur place des responsables conduits par la Procureure de la République, l’état de santé des patients encore en traitement est en nette amélioration. Cela donne de l’espoir après ces 30 jours d’angoisse, même si la dernière victime a perdu la vie samedi. « Nous invitons tout un chacun à s’abstenir de partager de fausses in­formations dans le but de souiller l’image de quelqu’un, mais qui sont susceptibles de porter atteinte à l’ordre public », a conclu la Procureure de la République.

LR

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