Jeudi, la majestueuse Salle Royale du Sofitel Jardin des Roses à Rabat, a accueilli la première édition du Forum Média Initiative (FMI), sous le thème « Horizon 2030 : Nouvelles puissances médiatiques et émergence d’un nouvel ordre informationnel », conformément à la vision portée par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, dans la redéfinition de l’écosystème médiatique mondial.
Trois intervenants de renom, Ismael El Hassani, Zul Ngoufonja Zelkifli et Patrick Montel, ont partagé des réflexions profondes sur la révolution technologique, la souveraineté informationnelle et le rôle clé joué par le Maroc et l’Afrique.
Dans son discours d’ouverture, Ismael El Hassani, cofondateur du FMI et ancien Directeur exécutif de Medi1 TV, a donné le ton, en présentant le forum comme un carrefour d’idées.
« Ce rendez-vous se veut une plateforme d’échange entre journalistes, créateurs de contenu, décideurs politiques et acteurs de la société civile », a-t-il déclaré.
Il a rappelé une pensée visionnaire de Sa Majesté le Roi, tirée d’une lettre adressée en 2008, lors des Assises Nationales du Sport, « La pratique sportive devient un droit fondamental de l’élève. » Cette vision, qui a transformé le sport marocain en un modèle d’excellence, inspire aujourd’hui le domaine médiatique.
El Hassani a souligné l’appel lancé par sa Majesté, en faveur de la presse libre, responsable et ancrée dans l’éthique, des principes qui guident le FMI. Face à l’essor fulgurant des technologies, « L’intelligence artificielle, désormais omniprésente, redéfinira-t-elle la vérité ? Sera-t-elle portée par l’humain ou par l’algorithme ? », s’est-il interrogé.
A l’heure où les frontières entre médias traditionnels et nouveaux acteurs numériques s’estompent, il a noté que les médias dits « underground » gagnent en légitimité, tandis que les médias traditionnels s’inspirent des formats dynamiques et créatifs des réseaux sociaux.
« Le journalisme, sous toutes ses formes, doit rester fidèle à sa mission : informer, analyser, alerter et diversifier », a-t-il martelé, plaidant pour un métier qui reste un moteur du progrès humain.
De consommatrice à productrice d’information
Zul Ngoufonja Zelkifli, fondatrice et CEO de Quick-Witted Management, a apporté une perspective africaine pleine d’énergie. « L’Afrique ne doit plus se contenter de consommer l’information, elle doit la produire et influencer le monde », a-t-elle affirmé avec conviction.
Dans un contexte où l’intelligence artificielle peut générer des contenus y compris des fake news en un instant, elle a insisté sur l’avantage unique de l’humain : l’accès direct au terrain. « L’IA se nourrit de ce que nous partageons en ligne. C’est à nous de définir comment l’Afrique consomme et produit ses médias », a-t-elle expliqué.
Zelkifli a également célébré la puissance des créateurs de contenu, capables de toucher des millions de personnes en quelques clics. « Cette viralité est une opportunité que l’Afrique doit saisir, grâce à la Vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, qui place l’innovation au cœur du développement », a-t-elle ajouté.
Pour elle, l’avenir des médias africains repose sur une synergie entre les médias traditionnels, qui apportent rigueur et crédibilité, et les nouveaux acteurs numériques, de par leur portée.

Donner la parole aux invisibles
Patrick Montel, figure légendaire de France Télévision et fondateur de Radio Montel, a captivé l’audience avec une intervention empreinte d’humilité et de passion. Enseignant, journaliste sportif, puis créateur de contenu, il a partagé une conviction forgée par l’éducation : la nécessité de démêler le vrai du faux dans une ère de post-vérité.
« J’ai eu trois vies, mais la plus importante, c’est celle d’aujourd’hui, où je donne la parole à ceux qui ne l’ont jamais eu », a-t-il déclaré.
Montel a remis en question la notion d’influence. « Avons-nous besoin d’influenceurs quand nous savons penser par nous-mêmes ? » Pour lui, le rôle des médias n’est pas d’imposer des idées, mais d’ouvrir des perspectives pour que chacun forge son propre jugement.
Evoquant son passé de commentateur sportif, il a partagé des souvenirs émouvants d’athlètes comme Saïda Aït Bouda ou Hicham El Guerrouj, tout en soulignant que l’effort, qu’il soit physique ou intellectuel, transforme l’individu. « Donner la parole à ceux du Nord, du Sud, de l’Est ou de l’Ouest, c’est leur permettre de façonner leur avenir », a-t-il conclu, dans une ode à l’inclusion et à la diversité.
Ambition mondiale
Porté par la Vision de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Maroc se positionne comme un acteur incontournable dans ce nouvel ordre médiatique. El Hassani a évoqué l’inauguration récente d’un stade spectaculaire, symbole des ambitions du Royaume en matière d’infrastructures et d’innovation. Cette dynamique s’étend aux médias, où le Maroc aspire à conjuguer éthique, modernité et influence.
A l’horizon 2030, les défis sont nombreux. L’IA, les fake news et les rapports de force entre médias traditionnels et numériques redessinent le paysage informationnel.
Mais comme l’a résumé El Hassani, « c’est en restant ancré dans l’éthique et connecté au terrain que le journalisme continuera d’éclairer l’humanité ».
Le FMI, en réunissant des voix du Nord et du Sud, pose les bases d’un dialogue essentiel. Fort de sa vision et de son dynamisme, le Maroc, aux côtés de l’Afrique, est prêt à écrire un chapitre audacieux de l’histoire médiatique mondiale, avec une plume guidée par l’ambition et la responsabilité.
Recueillis par Naisa




