Le piège politique de l’affrontement avec les Eglises

A Madagascar, peu d’acteurs disposent d’un capital symbolique aussi profond et durable que les Eglises chrétiennes. En confiant l’organisation de la concertation nationale au Conseil œcuménique des Eglises Chrétiennes de Mada­gascar (FFKM), le pouvoir a fait un choix lourd de sens. Mais les attaques croissantes visant les Eglises, notamment sur les réseaux sociaux, révèlent une erreur d’analyse politique majeure.
Car s’attaquer aux Eglises n’est pas un geste anodin. C’est, au contraire, l’un des moyens les plus sûrs de fragiliser un régime. Madagascar est une société profondément marquée par le christianisme. Même lorsque cette majorité croyante demeure silencieuse, elle n’en est pas moins réelle. Elle ne s’exprime ni par des outrances numériques ni par des discours radicaux, mais par une adhésion diffuse, enracinée, presque culturelle, aux institutions religieuses.
Cette majorité silencieuse observe. Et lorsque les Eglises sont publiquement prises à partie, accusées de parti pris ou de manipulation politique, ce n’est pas le FFKM qui est affaibli, mais bien ceux qui donnent le sentiment de vouloir l’affronter. Dans l’imaginaire collectif, attaquer les Eglises revient souvent à franchir une ligne morale, perçue comme excessive, voire dangereuse pour la cohésion nationale.
L’épisode de l’invitation de l’ancien président de la République et de membres de sa mouvance à l’ouverture de la conférence illustre cette dérive. Ce qui aurait pu être lu comme un geste d’inclusion a servi de prétexte à une polarisation brutale, transformant le FFKM en cible politique. Une stratégie risquée : historiquement, les Eglises ont toujours survécu aux régimes, souvent en jouant un rôle de médiation lorsque ceux-ci vacillaient.
Certes, des interrogations demeurent légitimes sur la nature de la conférence, son périmètre et son inclusivité, notamment à l’égard des communautés non chrétiennes. Mais la critique politique ne peut se muer en affrontement symbolique avec les Eglises sans conséquences.
En définitive, l’histoire politique malgache est claire : les régimes passent, les Eglises demeurent. Et lorsqu’un pouvoir se coupe de cette majorité silencieuse qui leur accorde confiance, il prépare lui-même les conditions de son affaiblissement. La prudence n’est pas ici une option morale, mais une nécessité stratégique.

Rakoto

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