L’année 2025 restera comme l’une des plus mouvementées de l’histoire récente de Madagascar. Marquée par des avancées diplomatiques majeures et par une profonde crise politique et sociale, elle a redessiné le paysage institutionnel du pays.
Sur le plan international, Madagascar a renforcé sa visibilité diplomatique. Les 23 et 24 avril 2025, le pays a accueilli la visite d’Etat et le 5e Sommet de la Commission de l’océan Indien (COI), confirmant son rôle central dans la région. La Grande île a également été à l’honneur sur le plan régional avec la tenue du Sommet de la Sadc à Madagascar, marquant l’entrée en fonction d’Andry Rajoelina comme président entrant de la Communauté de développement de l’Afrique australe (Sadc), un événement présenté comme une immense fierté nationale.
Même sur le plan économique, plusieurs grands chantiers ont été en cours voire achevés. Mais il restait une ombre au tableau, à savoir le délestage récurrent à l’origine de vives manifestations sociales et nationales. Du coup, l’élan du régime Rajoelina, s’est rapidement essoufflé.
Crise sociale : la Génération Z dans la rue
A partir de septembre 2025, la vie sociopolitique a été marquée par les coupures répétées d’eau et d’électricité. Des difficultés bien connues, certes, mais dont l’ampleur et la durée ont fini par épuiser la patience de la population. Dans ce contexte tendu, une nouvelle dynamique sociale a émergé à travers notamment la génération Z, pleinement consciente du pouvoir des réseaux sociaux.
Le 25 septembre 2025, elle est descendue massivement dans les rues pour une marche pacifique à Ambohijatovo, symbole de la démocratie, afin de dénoncer le délestage, la pénurie d’eau et réclamer le droit de vivre dignement et de manifester librement. La manifestation a toutefois basculé dans la violence. Des tirs ciblés et des gaz lacrymogènes ont été signalés, touchant indistinctement manifestants et riverains, y compris des enfants et des personnes âgées. Les hôpitaux ont été rapidement saturés par l’afflux de blessés.
Dans la soirée, alors que les forces de l’ordre se faisaient discretes, des pillages ont éclaté dans plusieurs quartiers de la capitale, notamment à Tana Water Front, Ambodivona, Ankazomanga, jusqu’à Andranomena, loin des lieux de rassemblement. Centres commerciaux et infrastructures ont été saccagés. Le lendemain, le 26 septembre, les pillages se sont poursuivis, toujours en l’absence visible des forces de sécurité.
Selon les Nations unies, la répression des manifestations a fait au moins 22 morts. Les revendications ont alors évolué vers une demande ouverte du départ du président Andry Rajoelina.
Tournant militaire et chute institutionnelle
Le point de bascule s’est produit le 11 octobre 2025 à 16h35, quand le Capsat est sorti de son silence, pour dénoncer les repressions perpétrées par les Forces de l’ordre, à l’égard des manifestants. Des soldats, sous le commandement du colonel Michael Randrianirina, quittent le camp Capsat, appuyé par des unités armées, pour aller à la rescousse de la Gen « Z ».
Puis le 14 octobre 2025, la Haute cour constitutionnelle de Madagascar (HCC), après avoir constaté la vacance des postes de président de la République et de président du Sénat, ainsi que l’impossibilité pour le gouvernement d’exercer les attributions du chef de l’État. En conséquence, a confié les fonctions du chef d’Etat au colonel Michaël Randrianirina, comme étant «l’autorité militaire compétente».
Le même jour devant le palais présidentiel, le colonel Randrianirina a annoncé qu’« on va prendre le pouvoir. On dissout le Sénat et la Haute Cour constitutionnelle. L’Assemblée nationale continuera à travailler ».
Trois jours plus tard, le 17 octobre 2025, le colonel Michael Randrianirina prête serment à Ambohidahy, devenant Président de la Refondation de la République de Madagascar. Et Le 20 octobre 2025, Herintsalama Rajaonarivelo a été nommé Premier ministre. Le 28 octobre 2025, portant nomination des membres du Gouvernement, la formation du nouveau gouvernement de la Refondation de la République de Madagascar est désormais effective.
Concertations nationales et refondation
Dans un contexte de transition, les autorités lancent un vaste processus de concertations nationales. Après Mahajanga, Toliara, Taolagnaro, Miarinarivo, Antsiranana, Tsiroanomandidy, Toamasina et Antsirabe, une nouvelle étape s’est tenue le 10 décembre 2025 au CCI Ivato, avant de se poursuivre à Fianarantsoa.
Ces discussions sous la férule de la ministre d’Etat chargée de la Refondation, Hanitra Razafimanantsoa, visent à consolider les propositions issues des concertations nationales, notamment autour de la réforme constitutionnelle et de la mise en place d’un nouveau système électoral. Le processus de refondation prévu durer deux ans, notamment les grandes lignes, tarde à se concrétiser. Entre temps, l’Etat engage des poursuites judiciaires contre plusieurs hauts responsables de l’ancien régime.
Perspectives 2026
L’année 2026 s’annonce comme une étape charnière dans le processus de refondation engagé à la suite des événements majeurs de 2025. Après une période de rupture institutionnelle et de fortes tensions sociales, le pays devra relever plusieurs défis majeurs afin de retrouver stabilité, légitimité politique et cohésion nationale.
Au cœur des enjeux, la poursuite des concertations nationales, appelées à s’élargir et à s’approfondir. Ces échanges devront permettre d’aboutir à un consensus inclusif sur la réforme constitutionnelle, avec la participation des forces politiques, de la société civile, des organisations de jeunes, des autorités traditionnelles ainsi que de la diaspora. L’objectif affiché est de doter Madagascar d’institutions plus équilibrées, mieux adaptées aux réalités sociales et capables de prévenir de nouvelles crises.
Sur le plan politique, 2026 sera également déterminante pour la mise en place du nouveau cadre électoral. La crédibilité des futures élections dépendra de la transparence du processus, de l’indépendance des organes électoraux et du respect des libertés fondamentales, notamment le droit de manifester et la liberté d’expression. La question du calendrier électoral restera centrale, tant au niveau national qu’international.
Autre enjeu majeur, la normalisation des relations avec les partenaires régionaux et internationaux. La levée de la suspension de Madagascar au sein de l’Union africaine dépendra des avancées concrètes en matière de transition démocratique. Le pays devra également rassurer les bailleurs de fonds et les investisseurs, dans un contexte économique fragilisé par l’instabilité politique et sociale.
Sur le plan social, les attentes de la population, en particulier de la jeunesse, demeurent élevées. La résolution durable des problèmes d’accès à l’eau et à l’électricité, la lutte contre le chômage et la vie chère, ainsi que la réforme de la gouvernance publique seront scrutées de près en 2026.
N.A




