Claudia Rabetsivoh – Présidente du Fivmpama: l’entrepreneuriat joue un rôle central dans le développement

Elle vient d’être élue présidente du Fivondronan’ny Mpandraharaha Malagasy (Fivmpama), le Groupement du patronat malgache. Elle est la plus jeune entrepreneure à avoir endossé ce rôle en plus de 50 ans. Elle s’appelle Claudia Rabetsivoh. Elle est désormais figure de proue du secteur privé malgache. Elle est aussi une épouse, une mère, et une fille. Claudia Rabetsivoh ne prend pas seulement les commandes d’un groupement patronal, elle veut porter une conviction : celle d’un entrepreneuriat comme levier structurant du développement national. Portrait.

Les Nouvelles : Racontez-nous les grandes étapes de votre parcours entrepreneurial
Je suis entrepreneure depuis plus de vingt ans. J’ai débuté en 1998 comme freelance, spécialisée dans l’accompagnement et le transit. J’ai, par la suite, repris mes études, tout en travaillant en parallèle. En 2005, j’ai arrêté de travailler, avant de revenir pleinement à l’entrepreneuriat en 2008. Depuis, je poursuis ce chemin avec la même détermination. Et j’espère pouvoir continuer à entreprendre encore longtemps, si Dieu le veut.

Le lancement de mon activité est sans doute la grande étape de mon parcours. Vient ensuite sa relance et sa continuité dans le secteur de la logistique. J’ai franchi un nouveau cap en 2010, en ouvrant un cabinet d’accompagnement qui s’est progressivement orienté vers la communication. Cette évolution avait marqué un tournant important dans ma trajectoire. J’ai déjà accompagné des start-up, des TPE, des PME et des PMI. Il m’est arrivé aussi de collaborer avec des entreprises, leaders de leur secteur. Depuis 2015, voire avant, nous comptons plus de 10 % de start up, 65% de TPE/TPI ; PME-PMI confondus, 05% de scale up, 20% de ONG, et ministères, dans les secteurs primaires, secondaires et tertiaires tels que les professions libérales, les artisans ayant besoins de matières premières ou de machines, les paysans, les étudiants ou nouveau sortants, les ambassades etc. Ces expériences ont renforcé ma conviction que l’entrepreneuriat repose à la fois sur l’agilité, la capacité d’adaptation et la construction de partenariats solides.

Avez-vous déjà rencontré des obstacles pour accéder à des postes de décision ?
Les obstacles, nous en rencontrons souvent en tant qu’entrepreneur. Mais ceux-ci se multiplient lorsqu’on est une femme. Et ils deviennent encore plus complexes lorsqu’on choisit également d’être épouse, mère et fille. Moi, je préfère parler de défis plutôt que de blocage. D’autant que j’étais consciente, depuis le début, que jongler entre vie de famille et évolution dans l’entrepreneuriat, au sein d’un environnement socio-économique et éducatif exigeant, serait un vrai apprentissage. Je dirais ainsi que chaque moment de ce parcours me marque, que ce soit positivement ou comme une leçon précieuse qui enrichit mon expérience.

Quelles priorités vous fixez-vous à la tête du Fivmpama aujourd’hui ?
Ma priorité est avant tout de faire progresser les membres, pas seulement le groupement. Le développement du Fivmpama viendra ensuite naturellement compléter cet objectif.

Selon vous, quels stéréotypes persistent encore dans le monde des affaires ?
La culture du patriarcat reste le plus grand obstacle à vaincre pour l’heure.
Le 8 mars, est-ce une célébration, une revendication ou un engagement pour vous ?
Vous savez, la vie d’une femme entrepreneure est un 8 mars permanent : un engagement constant, se battre pour se faire écouter parce qu’on nous entend, mais on ne nous écoute pas suffisamment, et parfois aussi une demande — explicite ou non — de reconnaissance.

Pour vous, quelles qualités les femmes apportent-elles au monde entrepreneurial ?
La femme donne la vie, tout simplement. Dans notre culture, la nation elle-même est associée à l’image de la mère. Vous voyez, dans le milieu académique, les majors ou vice-majors de promotion sont très souvent des femmes. Si Madagascar compte davantage de femmes entrepreneures engagées, donc, cela ne pourra qu’être bénéfique pour notre pays.

On dit souvent que “beaucoup de mères bâtissent la nation”. Ce sont elles qui transmettent l’éducation et les valeurs. Elles sont également le pilier du foyer à bien des égards. Qu’elles soient elles-mêmes entrepreneures, que leur conjoint le soit, ou que les deux le soient, la femme joue très souvent un rôle central dans l’organisation et le fonctionnement des activités. Je n’ai pas de statistiques précises pour l’attester, mais j’estime que ce constat peut être considéré comme une réalité générale.

Quelle est votre vision pour le développement des entreprises malgaches ?
Je veux écouter, accompagner et soutenir efficacement les entreprises malgaches. C’est uniquement de cette façon que nous pourrons constater des changements concrets, même à court terme. Il est temps d’avancer résolument. Je voudrais aussi instaurer un climat des affaires plus serein, et promouvoir une vision à long terme pour l’entrepreneuriat à Madagascar, notamment en matière de fiscalité, de sécurité et de cadre juridique.

J’aime vraiment mon pays et mes compatriotes. J’ai accepté, avec humilité, cette grande responsabilité qui m’a été confiée au sein du Fivmpama, parce que je suis consciente du rôle central de l’entrepreneuriat dans le développement.

Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes filles et aux femmes entrepreneures malgaches ?
Aux jeunes filles, j’aimerais leur dire de garder leur foi, de se concentrer sur leurs études et de rester déterminées.

Aux Femmes Entrepreneures : travaillons ensemble !

Propos recueillis par
Fenitra Rarivoson

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