Artiste malgache installé à Bordeaux depuis trois décennies, Fetra MJR dévoile « Voalohany – Num.1 », son tout premier album. Fruit d’une collaboration étroite entre le studio Miou Sonor d’Antananarivo et les Ateliers de Musique de Bordeaux, cet opus de neuf titres aux accents soul folk, puise sa richesse dans un univers à la fois personnel et profondément intimiste. A l’occasion de cette sortie, il revient sur son parcours, ses inspirations et la genèse de ce projet qui lui tient particulièrement à cœur.
*Les Nouvelles : Pouvez- vous nous raconter votre parcours musical et expliquer comment vos racines malgaches continuent d’inspirer votre création artistique ?
– Fetra MJR : J’ai appris la guitare sur les bancs de l’école et au détour des rues de Tana, comme la grande majorité des jeunes Malgaches, je pense. Avec quelques camarades de jeu nous reprenions, les grilles d’accords dessinées sur l’avant-bras, les morceaux en vogue du moment et ceux des éternels Mahaleo et d’autres groupes mythiques du pays. Dès lors, la vieille guitare familiale dont j’ai hérité de mes grands frères est devenue mon fidèle compagnon et je n’ai plus arrêté de fredonner des mélodies. Quelques années plus tard, c’est tout à fait naturellement que j’ai composé mes premières chansons. Avant de faire un break, suite à la naissance de mon premier enfant, je me produisais en solo dans quelques bars et sur la scène de la Fête de la Musique à Bordeaux, pour présenter mes compositions dans les années 2010. La musique ayant façonné mon parcours, j’ai relancé mes projets après la période du Covid et remporté le Prix du public lors d’un tremplin musical en 2025.
*Pourquoi avoir choisi le titre Voalohany, pour votre premier album ?
– Des années d’écritures et de compositions. Quand je commençais à enregistrer cet album, je savais que la sélection des chansons ne serait pas exhaustive. J’avais déjà dans ma collection un EP que j’ai souhaité sortir, mais que j’ai rangé dans les tiroirs car pas assez je ne le jugeais pas suffisamment abouti. C’est ce projet que j’ai décidé de reprendre à zéro. J’y ai ajouté quatre autres titres pour le compléter ; le reste de mon trésor attendra plus tard, en vue d’un album intitulé «Faharoa». «Voalohany» est donc ma première réalisation et j’espère qu’elle ne sera pas la dernière.
*Quels messages souhaitez-vous passer en abordant les thèmes de Madagascar, de la fraternité et de l’avenir dans cet album ?
– D’abord la soul music car j’ai toujours été très fan du genre depuis mon plus jeune âge. C’est une musique qui me parle, me fait vibrer et que je comprends. J’ai grandi dans les années 80, une décennie marquée par les grands noms de la musique afro-américaine comme Lionel Richie, Stevie Wonder, Whitney Houston, pour ne citer qu’eux !! Le folk pour le côté guitare, guitare sèche ou électro-acoustique sur laquelle je compose toutes mes chansons. Ensuite il y a les blessures d’une vie qu’on ne se raconte qu’à soi-même parce que nous les Malgaches, sommes un peuple silencieux. Quand j’ai quitté Madagascar au sortir de l’adolescence, j’avais dans le cœur une multitude de choses inachevées. Des moments merveilleux qui sont encore aujourd’hui mes points d’ancrage. Et, mine de rien, il semble que nous soyons très attachés à notre île malgré tout.
*C’est-à-dire…
– Madagascar cultive ce paradoxe d’une terre riche où les gens sont pauvres à quelques exceptions près. Au fil des années, nous avons perdu en « fihavanana » par la force des choses et du « sauve-qui-peut ». Cette situation tarde à s’améliorer. En tout cas, pas dans l’immédiat. A chaque fois que je reviens au pays, je me vois dans ces jeunes Malgaches que je croise dans les rues. J’ai eu la chance d’aller plus loin, et je me pose la question des combats qu’ils doivent mener seuls. Cet album est une main sur l’épaule. Un murmure qui dit qu’il faut garder confiance et tout ira bien, ensemble, à condition de cultiver un réel altruisme en chacun de nous. Au-delà du message, il y a aussi des chansons plus « légères » dans cet album.
*Un jour, Voalohany sera-t-il présenté au public malgache sur le devant de la scène ?
– Ce serait top, comme disent les jeunes et c’est ce que je suis en train d’étudier actuellement. Je suis en totale auto-production et si je veux réaliser ce que je souhaite présenter au public malgache, je dois me dégager énormément de temps. Ça va venir mais pour l’heure, il s’agit de faire en sorte que ce public malgache s’approprie et fredonne les chansons de l’album chez eux. L’album sort sur les plateformes de streaming ce 12 juin mais le mieux c’est qu’il soit carrément sur les étals des marchands malgaches entre les viandes suspendues et les mofo gasy.
Recueillis par Joachin Michaël




