Restitution du kabeso Toera au Fitampoha : l’Ampagnito Georges Kamamy met les points sur les i

« Comme si je marchais sur des œufs », a lancé l’Ampagnito Harea Tinahy Tsialia Georges Kamamy en participant à la conférence qu’il a tenue hier à l’université d’Ankatso, dans le cadre du programme Les Rencontres scientifiques de la FLSH. Malgré la sensibilité du sujet, il a tenu à participer à cette rencontre, modérée par l’anthropologue Lolona Razafindralambo, afin de clarifier plusieurs zones d’ombre concernant la restitution du kabeso du roi Toera ainsi que l’organisation du prochain Fitampoha.

Plusieurs points ont été abordés au cours de cette conférence : l’authenticité du crâne du roi Toera, la légitimité du prince héritier Georges Kamamy, le programme provisoire du Fitampoha 2026, les divergences entre les procédures administratives et le fombandrazana, ainsi que les différences de perception entre la science et le sacré… Après sa présentation, l’Am­pagnito Georges Kamamy s’est prêté aux nombreuses questions du public composé d’étudiants, de chercheurs, des scientifiques, des historiens, des journalistes et de curieux.

La signification d’Ampagnito
Pour commencer, il a expliqué la signification du titre d’Ampagnito, qui signifie « ordonner, diriger et trancher ». « A l’époque, l’Ampa­gnito était celui qui décidait et tranchait avec le sabre. Aujourd’hui, je suis celui qui décide et tranche avec la parole », a-t-il expliqué. Le prince héritier Georges Kamamy appartient à la quatrième génération du roi Toera qui est aussi connu sous le nom d’Andriamilafikarivo. Il a été intronisé Ampagnito le 17 juin 2025. « Dans le domaine de la monarchie, on naît roi. La légitimité existe donc dès la naissance et jusqu’à la mort. Par ailleurs, ma situation a été légalisée, et c’est ce qui s’est passé l’année dernière », a-t-il souligné. Il a ainsi participé à toutes les étapes de la restitution du crâne de Toera, depuis son départ de France jusqu’à son arrivée à Mada­gascar dans son village natal à Belon’i Tsiribihina.

L’authenticité du kabeso
Le débat s’est ensuite animé lorsqu’un participant a soulevé la question de l’authenticité du crâne. « Dans le domaine du sacré, notamment lorsqu’il s’agit de reliques comme dans la religion catholique, cette question d’authenticité demeure un sujet de discussion important entre la science et la foi. Si la datation au carbone 14 du crâne ne correspond pas à l’époque du roi Toera, ce n’est pas là que réside notre problème. Les catholiques sont confrontés à la même question avec leurs reliques. Le plus important est la croyance et la sacralité que nous leur accordons. Pour nous, ce crâne est une relique authentique. Physi­quement, la boucle est bouclée puisque tous les os sont désormais réunis. Symbolique­ment, nous devons encore le purifier. C’est la raison pour laquelle le prochain Fitampoha se tiendra les 20 et 21 août sur les rives du fleuve Tsiribihina », a-t-il informé.`

Le programme du Fitampoha
Au cours de la conférence, l’Ampagnito a également présenté les grandes lignes du programme, encore provisoire. Le 20 août débutera une cérémonie comparable au Tsimandrimandry. Un grand feu sera allumé et restera actif jusqu’au lendemain matin. Les responsables sortiront ensuite la relique du « zomba », le tombeau royal, pour la transférer dans un « zomba » mobile près de la rive et qui possède la même valeur sacrée que le tombeau sacré.
La grande célébration se déroulera autour de ce lieu. Plusieurs artistes de renom, dont Black Nadia, seront invités. Le culte de possession précédera ensuite le « fandroana » dans le fleuve Tsiribihina, cérémonie destinée à purifier la relique. « Il ne s’agit pas d’un bain, mais d’une purification », a-t-il précisé.
Ce programme est encore provisoire, parce que selon l’Ampagnito, les divergences entre les protocoles administratifs et les pratiques traditionnelles provoquent des complications, c’est ce qui s’est déjà produit lors de l’arrivée du kabeso, l’année dernière. « Nous ne sommes pas réglés sur la même horloge. Nous n’évoluons pas dans la même dimension. Les uns se basent sur le protocole administratif, tandis que nous nous appuyons sur les us et coutumes, dans le respect de la sacralité », d’après l’Ampa­gnito.
Enfin, Georges Kamamy s’est réjoui de l’intérêt croissant des jeunes pour l’identité malgache. « J’ai remarqué l’engouement des jeunes lors de l’arrivée du kabeso de Toera, ne serait-ce que par curiosité. Même si le kabeso concerne avant tout les Sakalava, de nombreux Malgaches se le sont approprié sur le plan culturel », a-t-il conclu. Comme l’écrivait Aimé Césaire, le « héros oublié de la colonisation » est de retour.

Holy Danielle

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