Dix ans après avoir fait vibrer tout un pays avec le sacre mondial d’Antananarivo en 2016, Madagascar se remet en route pour rééditer cet exploit planétaire. Du 20 au 24 novembre, sur les jeux installés à l’Université de Khon Kaen en Thaïlande, la Grande île tentera de décrocher une troisième étoile en Championnat du monde triplette seniors masculins. Un défi immense pour une sélection dévoilée hier par la Fédération Sport Boules Malagasy (FSBM) et qui ne laisse personne indifférent.
La première surprise vient de l’absence des vice-champions du monde 2024 : Zigle, Yves et Christian Andriantseheno. Les héros de Dijon, finalistes malheureux face à l’Italie, ne seront pas du voyage. Une page se tourne donc pour l’équipe nationale qui présente cette fois un visage entièrement renouvelé et surtout sans le moindre expatrié.
Le choix fédéral est clair, privilégier les joueurs les plus performants du moment, à l’issue de quatre jours de présélection intensive à Ankatso. Et au terme de cette véritable lessiveuse sportive, quatre noms ont émergé : Olivier Rakotomanana dit Liva, au poste de pointeur, Joseph Urbain Ramanantiaray dit Baloty comme milieu, Tendry Fanjamanovofifaliana en tireur principal et Lova Rakotoarisoa en quatrième homme, présenté comme un choix stratégique.
Dans les différents ateliers, plusieurs tendances fortes sont apparues. Baloty s’est distingué dans la montée-descente et l’évaluation comportementale. Tendry a presque tout raflé sur son passage, figurant parmi les meilleurs en course aux points, en rallye de tir, dans les performances de tir en doublette et dans les observations comportementales. Lova s’est régulièrement maintenu dans le peloton de tête des exercices techniques. Quant à Liva, il a confirmé son statut de pointeur de référence en terminant en tête du classement spécifique de son poste.
Beaucoup d’interrogations
Pour autant, l’annonce de la liste finale n’a pas éteint les débats. Bien au contraire. Dans les cercles boulistes comme sur les réseaux sociaux, les discussions vont bon train. Si Baloty, Tendry et Liva apparaissent comme des choix cohérents au regard des classements et des statistiques enregistrées à Ankatso, la présence de Lova comme quatrième homme suscite davantage d’interrogations chez certains observateurs.
Les critiques portent notamment sur la méthode de sélection elle-même et sur les critères exacts ayant conduit à retenir le champion du monde mixte 2025. Une partie du public estime que les résultats issus des ateliers de présélection auraient dû être l’unique référence. D’autres considèrent au contraire que l’expérience des grands rendez-vous et la capacité à évoluer sous pression internationale justifient pleinement la présence de celui qui demeure l’un des joueurs malgaches les plus titrés de ces dernières années.
Faveur aux résultats
Car Lova n’est pas un inconnu. Champion du monde de doublette mixte en 2025 à Rome, vainqueur historique du Mondial La Marseillaise la même année avec Yves Rakotoarisoa et Tiana Laurens Razanadrakoto, il possède le vécu des parties à très haute intensité, celles qui se jouent parfois à une seule boule de reprise ou à un tir de gagne.
Autour de lui, le collectif présente également de solides garanties. Baloty arrive avec une dynamique exceptionnelle. Vice-champion du monde tête-à-tête 2025, vice-champion des Masters de Pétanque, champion de Madagascar en doublette et en triplette la même année, le sociétaire du PAC s’est imposé comme l’un des joueurs les plus réguliers du circuit. Sa lecture du jeu et sa capacité à tenir le poste de milieu constituent des atouts précieux dans les parties à fort enjeu.
À ses côtés, Tendry symbolise l’émergence d’une nouvelle génération ambitieuse. Champion de Madagascar doublette et triplette en 2026, il a dominé une grande partie des évaluations techniques de la présélection. Son bras et sa capacité à enchaîner les carreaux quand la mène s’embrase pourraient devenir l’une des armes majeures de Madagascar en Thaïlande.
Enfin, Liva apportera son expérience internationale. Déjà présent au Championnat du monde 2021 en Espagne, champion d’Afrique Zone 4 en doublette cette année, il a aussi conquis le titre national triplette aux côtés de Tendry. Son rôle au bouchon sera capital sur des terrains asiatiques dont les caractéristiques pourraient rapidement faire la différence.
Premier pas en triplette
Ce qui frappe néanmoins dans cette liste, c’est l’absence d’expérience collective au plus haut niveau mondial en triplette. Aucun des quatre sélectionnés n’était présent dans l’équipe vice-championne du monde à Dijon et aucun n’a encore disputé un Mondial triplette dans cette configuration. Un pari osé mais assumé par les dirigeants malgaches qui privilégient la dynamique actuelle plutôt que les références passées.
L’histoire rappelle pourtant à quel point la compétition est exigeante. Madagascar n’a remporté que deux couronnes mondiales en triplette masculine : la première en 1999 à La Réunion après une finale historique contre la Belgique, la seconde en 2016 à Antananarivo face au Bénin. Entretemps, la Grande île a également collectionné les accessits avec trois médailles d’argent en 2007, 2010 et 2024 ainsi qu’une médaille de bronze en 2002.
Naisa





