Evasion des 11 détenus chinois: 15 personnes placées en garde à vue, deux hauts responsables limogés

Comme il fallait s’y attendre, au lendemain de la déclaration du Premier ministre Mamitiana Rajaonarison annonçant des sanctions sévères à l’encontre des responsables impliqués dans l’évasion et la libération non autorisée des 11 détenus chinois, le Conseil des ministres de ce mercredi a pris des mesures fortes.

Selon le compte-rendu officiel du conseil des ministres du mercredi 21 octobre 2026, 15 personnes sont actuellement placées en garde à vue dans le cadre de cette affaire qui continue de défrayer la chronique.
Le Conseil a également acté la révocation immédiate de deux hauts responsables directement impliqués : le directeur de l’Administra­tion pénitentiaire au sein du ministère de la Justice et le directeur chargé du contrôle de l’immigration auprès du ministère de la Sécurité publique. Ces limogeages font suite aux graves dysfonctionnements constatés dans la procédure de transfert des détenus.

Un haut responsable extérieur au ministère mis en cause
L’investigation s’accélère. Selon les premiers éléments de l’enquête, « un haut responsable extérieur au ministère est mis en cause », a rapporté Jérémie Napou, le directeur de l’Inspection pénitentiaire, sur sa page hier.
Selon ses dires, le secrétaire général du syndicat des agents pénitentiaires aurait reconnu avoir agi sur ordre d’une haute personnalité ex­térieure au ministère de la Justice et à l’administration pénitentiaire.
« Le secrétaire général du syndicat des agents pénitentiaires a déclaré, aussi bien auprès de ses collègues que lors de l’enquête, qu’il avait reçu un ordre», a fait savoir Jérémie Napou.
Cet ordre proviendrait «d’une haute personnalité extérieure au ministère de la Justice et à l’administration pénitentiaire », qui aurait promis au secrétaire général du syndicat de le protéger.
Il ajoute que « c’est cette haute personnalité qui aurait donné l’ordre et exercé des menaces. Les agents d’escorte chargés de surveiller et d’assurer le transfert des détenus chinois auraient également été soudoyés à hauteur de 200 000 ariary chacun ».

Plusieurs personnes impliquées
D’après toujours les premiers éléments de l’enquête, « il ne s’agit pas d’une seule personne. Plusieurs individus sont impliqués et les responsabilités de chacun ont été identifiées ».
« Seules trois personnes étaient au courant du transfert : le directeur de l’établissement pénitentiaire d’Avaradrano, le secrétaire général du syndicat des agents pénitentiaires et le directeur de l’administration pénitentiaire (DAP) », rapporte-t-on.
L’enquête administrative menée par la Direction de l’Inspection pénitentiaire a également révélé des irrégularités dans les documents et les procédures normalement exigées pour la libération des détenus.

Le SG du syndicat persiste et signe
De son côté, le secrétaire général du syndicat des agents pénitentiaires, Moha­med, continue de réfuter les déclarations de la ministre de la Justice. Il affirme que les agents pénitentiaires risquent de servir de «boucs émissaires» dans une opération qu’il qualifie de «bien organisée ».
Selon lui, « l’ordre consistait à libérer les détenus dans l’attente d’une liste préparée par l’ambassade et le ministère de la Justice, en vue de leur expulsion vers la Chine ». Il soutient que les agents pénitentiaires n’ont pas fourni les passeports aux intéressés : «Ce n’est pas nous qui leur avons procuré les passeports. Nous ne travaillons pas aux frontières », affirme-t-il.
Pour appuyer ses déclarations, il évoque une mission officielle effectuée en Chine du 7 au 13 septembre, dans le cadre du transfert d’un premier groupe de 50 détenus chinois. « J’ai un ordre de mission et je dispose de vidéos des rencontres avec les policiers chinois », assure-t-il.
Enfin, il annonce vouloir révéler des éléments qu’il présente comme des preuves de corruption au sein du ministère de la Justice. « Je dénoncerai les faits de corruption un à un », déclare-t-il.

N.A

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