Investissements : transformer chaque faiblesse en opportunité

Madagascar fait face à un regain de dynamisme des investissements privés. Parallèlement, des faiblesses structurelles persistent mais peuvent vite se transformer en opportunités d’investissement. L’équipe de l’EDBM (Economic Development Board of Madagascar), dirigée par son directeur général, Josielle Rafidy a dressé une topographie des investissements au pays.

D’après les chiffres, les Investissements Directs Etrangers (IDE) à Madagascar représentaient 474 millions de dollars en 2019, pour atteindre 519 millions de dollars en 2023. Un niveau a priori faible mais en croissance. Il faut rappeler qu’entre 2019 et 2023, Madagascar a connu une période d’incertitude étant donné la pandémie de Covid-19 et que le pays se trouvait dans un contexte d’élection présidentielle en 2023. Et, hormis la rentabilité et le retour sur investissement, les opérateurs cherchent avant tout la stabilité pour sécuriser leurs investissements.

“Madagascar est et restera une destination des investissements directs étrangers”, explique le directeur général de l’EDBM. Cependant, plusieurs défis persistent sur le climat des affaires à Madagascar. Des défis structurels en matière d’énergie et d’infrastructures, notamment routières, dont le déficit peut paralyser la connectivité. Par ailleurs, le défi sur le capital humain et le bassin d’emploi n’est pas souvent relevé.

“Chaque faiblesse est une opportunité d’investissement. L’état des infrastructures routières constitue des marchés potentiels pour les entreprises locales ou étrangères. Pareillement, les déficiences en transport ou distribution en énergie constituent également des potentiels”, expose Tojo Ramamonjisoa, directeur des Réformes et du développement du secteur privé auprès de l’EDBM. Pour sa part, Josielle Rafidy évoque un succès story d’une usine de transformation de cacao à l’exportation dans la région de Diana. “Cette entreprise a intégré l’énergie solaire dans son business modèle. Cette usine prévoit d’être 100 % autonome en énergie solaire cette année. Cela veut dire qu’ils trouvent leur intérêt dans le business”, fait-elle savoir. “Comme partout ailleurs, des complexités peuvent surgir. Il appartient aux opérateurs et investisseurs de mesurer les risques et opportunités” poursuit-elle. D’après toujours les explications du directeur général de l’EDBM, dans le secteur textile, certains acheteurs internationaux exigent l’industrie verte et les opérateurs sont donc parfois obligés d’investir dans l’énergie renouvelable.
Facteur culturel à prendre en compte

Parmi les investisseurs étrangers. La France caracole en tête de liste. Elle est suivie par les Etats-Unis, ce qui s’explique par la “redynamisation des négociations avec Base Tuléar”, selon Josielle Rafidy. Viennent ensuite les Mauriciens et les Japonais, pour faire référence aux années 2022 et 2023.

“Au-delà de l’aspect images et branding. Le facteur culturel peut également jouer pour attirer les investisseurs (…) Les opérateurs émiratis vont par exemple investir beaucoup plus dans des pays musulmans. Des pays qui ont des cultures plus proches de nous seront plus à l’aise pour investir. Tout dépend également de la compétitivité de Madagascar dans chaque secteur d’activité”, ajoute Adriannie Tamoha, directeur des Services aux investisseurs.

D’ailleurs, en 2024, l’EDBM a reçu 28 délégations représentant plus de 120 entreprises. Les secteurs d’activité les plus prisés sont l’agriculture, le textile, le transport, le tourisme, les technologies de l’information et de communication, les mines et l’industrie. “Le fait que les investisseurs viennent à Madagascar est déjà un très grand pas. Parmi les délégations que nous avons reçues, environ 20% d’entre eux ont continué le cycle qui est assez long (…). Cette année, nous avons des annonces et des perspectives. A peu près 25 projets tous secteurs confondus peuvent aboutir. La moyenne d’un projet est estimée à 5 millions de dollars. Au départ, les investisseurs annoncent des chiffres qui peuvent être revus à la hausse ou à la baisse en cours de route selon leurs contraintes. L’agribusiness, le textile et l’énergie sont très prisés”, ajoute Adriannie Tamoha. “Les projets miniers ont une envergure considérable et prennent du temps. Mais des projets peuvent également aboutir cette année” poursuit-elle.

Au niveau mondial, l’annonce des investissements diminue. D’après le directeur général de l’EDBM, il est donc important d’avoir une stratégie d’attraction et savoir définir dans quel secteur le pays est le plus attractif. Il faut également se comparer à d’autres pays, sachant que l’Amérique, l’Europe, la Chine, l’Inde et le Moyen Orient sont les destinations les plus prisées. Dans le même temps, ce responsable se félicite de la mise en vigueur de la nouvelle loi sur les investissements, qui a été adoptée en 2023, et est désormais effective avec l’adoption des décrets d’application y afférents.

Malgré les multiples défis, de bonnes perspectives se profilent. En 2024, 1.529 entreprises ont été créées via l’EDBM. Elles sont majoritairement dans le secteur des services. Cela démontre encore le regain de dynamisme de l’investissement privé à Madagascar.

Tiana Ramanoelina

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