Les autorités malgaches viennent d’inaugurer, en grande pompe, une usine de production d’engrais biologiques, issus de fumier composté à base de guano, à Belalanda – Toliara. Cette usine, initiée par des partenaires émiratis, entend produire 30 tonnes d’engrais par jour. Dans l’ombre des projecteurs, des entrepreneurs comme Astieldo Randriamanana, tracent leur chemin depuis plusieurs années, dans ce secteur. Astieldo Randriamanana, à travers GastiZezika, incarne à son échelle, les changements d’un secteur en pleine transformation. Portrait.
Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours avant de créer votre entreprise ?
Je suis Astieldo Randriamanana, Gérant-Fondateur de GAstiZezika. Je suis ingénieur agronome, spécialisé en agroalimentaire. Après mes études à Madagascar, j’ai eu l’opportunité de poursuivre ma formation à l’étranger dans les domaines de l’innovation et du management des entreprises.
Quand et comment est née votre entreprise ?
A mon retour d’Europe en 2021 après l’épidémie de Covid, j’ai décidé de concrétiser mon projet entrepreneurial. J’ai collaboré avec des personnes que j’avais formées quelques années auparavant, afin d’assurer la production. Au départ, le lancement s’est fait avec un capital limité à 5.000 Ar pour l’achat de quelques matières premières. Nous avons progressivement commencé à vendre nos produits, à participer à des foires et à accroître leur visibilité sur le marché.
Qu’est-ce qui vous a conduit vers le secteur des intrants agricoles précisément ?
L’aventure a débuté en 2013, lorsque j’ai effectué mon stage au sein de l’Association TATA implantée à Ambohimanambola, à l’époque. L’organisation figurait parmi les pionnières, dans le domaine du lombricompostage, une filière encore peu connue et peu développée. Cette expérience a suscité en moi l’ambition de m’engager, à terme, dans ce secteur prometteur. Il faut noter également que j’aspirais à créer et diriger ma propre entreprise depuis petit. A l’issue de mes études, en création d’entreprise, en management et en administration des entreprises, j’ai nourri une réelle volonté d’entreprendre dans mon pays.
Quels ont été les principaux obstacles au démarrage ?
Animé par de nombreux projets et ambitions acquis à l’international, je suis rentré au pays avec une forte volonté d’entreprendre. Le contexte local s’est révélé, pourtant, particulièrement complexe. L’environnement entrepreneurial demeurait peu favorable aux petites entreprises, et les démarches administratives, ainsi que les formalités nécessaires à la création d’une entreprise à Madagascar étaient vraiment des obstacles significatifs.
Quelle est la mission de GastiZeeika aujourd’hui ?
Nous sommes spécialisés dans la production du lombricompost. Il s’agit d’un engrais organique, issu de la dégradation des déchets organiques par les vers de terre. Je m’attache à sensibiliser les agriculteurs dans la découverte et l’adoption de notre produit, afin d’améliorer la fertilité de leurs sols tout en préservant leur santé. Nous sommes encore une structure à taille humaine, composée d’une équipe de moins de dix collaborateurs qui assurent l’ensemble des activités, de la production à la commercialisation. Notre capacité de production est encore limitée d’une à deux tonnes par mois. Mais nous avons un fort potentiel d’expansion, grâce à l’abondance des matières premières. Outre nos partenaires naturels, les vers de terre, nous collaborons étroitement avec les agriculteurs locaux, les fleuristes, les pépiniéristes ainsi que les coopératives.
L’Etat malgache vient d’inaugurer une usine de production d’engrais, initiée par des partenaires des Emirats Arabe Uni, dans le Sud. Comment percevez-vous cela ?
L’arrivée de nouvelles infrastructures ne réduit pas les opportunités dans le secteur. Il existe toujours un fort potentiel pour innover, proposer des produits respectueux de l’environnement et adaptés aux réalités agricoles malgaches, en répondant aux besoins spécifiques des communautés. Et puis, le secteur offre un fort potentiel dans la valorisation des déchets organiques, la production d’engrais écologiques et la promotion de pratiques agricoles responsables.
Prenez-vous, justement, en considération les questions environnementales dans votre démarche ?
Bien sûr. La protection de l’environnement constitue une priorité pour nous. Elle guide nos actions et est un facteur clé dans notre engagement à poursuivre cette activité de manière durable. Nous accompagnons nos clients dans la mise en œuvre de pratiques agricoles responsables et respectueuses de l’environnement. Notre activité, en soi, contribue à la gestion et à la valorisation des déchets organiques. Ce qui améliore la santé des sols et favorise un environnement plus sain.
Craignez-vous certaines évolutions réglementaires ou technologiques ?
Nous restons attentifs aux évolutions réglementaires et technologiques, qui peuvent influencer le secteur. Nous considérons, cependant, ces changements comme des opportunités d’adaptation, nous permettant de renforcer notre compétitivité et de nous conformer aux standards en vigueur.
Comment voyez-vous l’évolution du secteur dans 10 ans ?
Si cette dynamique se poursuit, dans dix ans, Madagascar pourrait se positionner comme un leader dans l’utilisation d’engrais organiques, abandonnant progressivement les produits chimiques, contribuant ainsi à la préservation et à l’enrichissement des sols. Cette transition aura des répercussions positives sur de nombreux autres secteurs économiques.
Et vous, comment aimeriez-vous que l’on parle de vous dans 20 ans ?
J’aimerais que l’on se souvienne de moi comme d’un entrepreneur issu d’une famille modeste, qui a pris ses études au sérieux et a travaillé avec détermination pour atteindre ses objectifs. J’’espère que mon parcours sera perçu comme une success story inspirante pour les jeunes, les incitant à persévérer malgré les doutes ou les critiques. Je souhaite également que mon engagement pour une agriculture responsable, symbolisé par notre travail avec les vers de terre, soit reconnu : ces petits alliés naturels, doux et efficaces, représentent notre mission de restaurer et d’améliorer la fertilité des sols. Message de l’ami des vers de terre.
Propos recueillis par
Fenitra Rarivoson




