Une meilleure performance de l’ariary avait été observée depuis la dernière semaine de février. La monnaie nationale malgache connait une appréciation face, notamment, à l’euro et au dollar. Après plus de dix mois à stagner en dessus du seuil de 5.000 ariary, l’euro est repassé à un taux inférieur sur le marché interbancaire de devises (MID). L’ariary avait aussi repris ses avantages face au dollar, dont le cours de référence était d’environ 4.400 ariary en janvier, contre 4.200 ariary la dernière semaine de février. Cette appréciation de l’ariary en début d’année est un phénomène saisonnier, selon les explications de Felix Ramandray, économiste. Analyse.
L’appréciation de l’ariary, en cette période précise de l’année, revient de manière cyclique. Lors des trois dernières années, par exemple, le différentiel de change, avec l’euro, oscillait entre 50 ariary à 100 ariary, entre janvier et mars. Cette année, entre janvier et début mars, une appréciation de près de 500 ariary est constatée. Pour comprendre ce phénomène, Felix Ramandray revient au début. “Il faut rappeler, d’abord, l’existence du Marché Interbancaire des Devises (MID), dont les principaux acteurs sont la Banque centrale et les banques primaires. La Banque centrale contrôle et intervient sur ce marché, par le biais de la politique monétaire pour stabiliser la monnaie. La valeur de la monnaie dépend de la loi de l’offre et de la demande. L’offre, ici, correspond aux devises étrangères qui entrent sur le marché. Quant à la demande, elle provient des personnes ou des entreprises qui ont besoin de ces devises étrangères.”, explique notre interlocuteur.
Les facteurs saisonniers qui soutiennent l’ariary
Entre baisse des importations-consommations après les fêtes de fin d’année, réintégration des recettes d’exportation des produits de rente malgaches et entrée de financements extérieurs, des ajustements interviennent, plus ou moins naturellement entre l’offre et la demande de devises, à chaque début d’année. “Premièrement, les importations ont tendance à ralentir au premier trimestre. Après les fortes dépenses de fin d’année, on n’a pas beaucoup d’agent. Les ménages consomment donc moins dans les magasins. Il faut savoir cependant qu’une grande partie des produits vendus dans ces magasins sont importés. Cette baisse d’achat entraîne ainsi une diminution des importations. Cette situation réduit la demande de devises sur le marché. Deuxièmement, les recettes issues des exportations réalisées en fin d’année commencent à être rapatriées au pays. C’est notamment le cas des revenus liés à l’exportation de litchis. Une fois ces fonds transférés dans le système bancaire, ils sont convertis en ariary. Ce qui augmente l’offre de devises sur le marché des changes. Lorsque l’offre augmente et la demande diminue, la valeur des devises étrangères recule. Ce qui entraîne une appréciation de la monnaie nationale. Enfin, les trois premiers mois de l’année correspondent généralement à l’arrivée de plusieurs financements internationaux. Des financements négociés avec des partenaires comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. Ces ressources transitent elles aussi par le système bancaire et sont en grande partie converties en ariary”, détaille Felix Ramandray. Ces paramètres permettent à la Banque centrale de disposer d’une certaine marge de manœuvre pour intervenir sur le MID, pour ainsi soutenir ou stabiliser la monnaie nationale. Cette appréciation peut toutefois être temporaire, à en croire notre économiste.

Des mesures pour maintenir l’appréciation de la monnaie nationale
L’appréciation de l’ariary n’est réellement observée que durant le premier trimestre, jusqu’à présent. La tendance commence à s’inverser, à compter du mois d’avril, et une dépréciation de l’ariary est constatée, si l’on se réfère à l’historique des taux de change du MID. Des solutions existent, pourtant, pour maintenir cette appréciation, assure Félix Ramandray. Il propose notamment “la monopolisation partielle du secteur aurifère par l’État”. C’est donc à l’Etat malgache d’assurer la majeure partie des exportations dans ce secteur. “Les devises générées par ces ventes viendront ensuite alimenter l’offre sur le marché des changes, tout en renforçant la capacité de financement public et la marge de manœuvre de l’État pour intervenir.”, suggère notre interlocuteur. Autre alternative avancée par Felix Ramandray, l’allègement des procédures d’exportations de produits de rente. Il insiste notamment sur la suppression des différents agréments et recommande la mise en place d’un système de renforcement du contrôle qualité, à la place.
Fenitra Rarivoson




