L’avant-projet de décret visant à harmoniser les structures anti-corruption au sein des ministères, finalisé hier à Antananarivo par le Comité pour la Sauvegarde de l’Intégrité avec l’appui de l’Organisation internationale de la Francophonie, remet l’indépendance du système anti-corruption au cœur du débat.
Selon les constats, les structures anti-corruption existantes présentent aujourd’hui des disparités importantes : positionnement hiérarchique variable, moyens financiers inégaux, autonomie décisionnelle parfois limitée. Autant de facteurs qui fragilisent leur capacité à prévenir les dérives et à traiter efficacement les signalements.
L’objectif du futur décret est d’instaurer un cadre commun pour clarifier les missions, renforcer la coordination et garantir un fonctionnement plus transparent. Sur le papier, l’ambition est louable. Harmoniser les règles peut contribuer à professionnaliser ces dispositifs et à réduire les zones grises institutionnelles.
Toutefois, une structure anti-corruption peut-elle être réellement indépendante lorsqu’elle est intégrée dans l’administration qu’elle est censée surveiller ? La lutte contre la corruption ne se joue pas uniquement dans l’organisation des services. Elle repose d’abord sur la capacité des institutions à agir sans pression ni interférence.
C’est là que se situe le véritable test politique de cette réforme. Car l’efficacité de ces structures dépendra moins du texte du décret que de la liberté réelle dont disposeront leurs responsables pour enquêter, alerter et signaler les dysfonctionnements, y compris lorsque ceux-ci concernent les échelons les plus élevés de l’administration.
L’harmonisation annoncée constitue sans doute une étape nécessaire. Mais pour que cette réforme dépasse le simple ajustement administratif, elle devra s’accompagner d’un engagement clair : faire de l’indépendance des mécanismes de contrôle un principe non négociable. C’est à ce prix que la lutte contre la corruption pourra gagner en crédibilité et que la confiance des citoyens envers l’administration publique pourra se renforcer.
Tivo Rasam




