À Madagascar, les billets de 20.000 ariary s’imposent comme la référence dans les échanges. En 2025, ils ont représenté 71,82 % de la circulation fiduciaire, contre 69,82 % en 2024, indique la Banky foiben’i Madagasikara (BFM). Leur volume total est passé de 6.302,81 milliards à 6.846,37 milliards d’ariary, soit une hausse de 8,62 % en un an. Cette progression confirme le poids des grosses coupures dans l’économie quotidienne.
BFM envisage ainsi une réforme d’envergure face à cette tendance. Elle étudie la possibilité de revoir entièrement l’échelle monétaire. L’idée : plafonner la valeur des billets à 1.000 unités. Une mesure inspirée de certains modèles internationaux.
Le gouverneur de BFM, Aivo Andrianarivelo, a évoqué cette piste en marge de la Global Money Week, la semaine passée, et l’a relancé durant son intervention hier en marge de la première édition de la « Récolte d’idées sur l’avenir des billets et de la monnaie à Madagascar », au Grand Amphi de la Faculté d’Economie, de Gestion et de Sociologie (EGS) à Ankatso. « Dans ce schéma, un billet de 1.000 nouvelles unités pourrait correspondre, en valeur, à une coupure élevée de l’ariary actuel », a-t-il expliqué. La réflexion consiste ainsi à simplifier les montants et réduire le nombre de zéros. La suppression des coupures allant de 2.000 à 20.000 ariary permettrait aussi de réduire la masse de signes monétaires.
Certains économistes appuient cette orientation. À leurs yeux, une telle réforme pourrait améliorer la perception de la monnaie. «Un changement d’échelle peut redonner une valeur psychologique à l’unité monétaire et simplifier les transactions », explique le président du Cercle de réflexion des économistes de Madagascar (Crem), Pr David Olivaniaina Rakoto. Celui-ci souligne toutefois la nécessité d’engager des discussions approfondies, essentiellement techniques, afin d’en examiner les enjeux, les implications ainsi que les éventuels inconvénients de cette décision.
Maitrise de l’inflation
Mais cette perspective suscite aussi des interrogations. La limitation à 1.000 ariary inquiète une partie de l’opinion. Pour y répondre, BFM a multiplié les explications. Elle s’appuie sur des exemples africains pour rassurer.
Les techniciens de l’institution citent notamment la Zambie. En 2013, ce pays a supprimé trois zéros sur sa monnaie. « L’inflation est passée de 7,3 % à 7,9 %, soit un impact limité », soulignent-ils. Des expériences similaires ont été observées au Mozambique, au Ghana et en Mauritanie, avec des variations modérées des prix.
Pour BFM, ces données sont rassurantes. «L’impact de ces réformes demeure globalement limité», affirment ses experts. L’institution met aussi l’accent sur la dimension prospective de la réflexion. Mais en revers des chiffres, l’objectif est d’ouvrir le débat. « Nous voulons apaiser les spéculations et engager une discussion sur l’avenir de l’ariary », a conclu le gouverneur. Une réforme monétaire, si elle voit le jour, redessinera l’économie malgache.
Arh.




