Le rituel du « Loha Vogny » a fixé les dates du prochain « Fitampoha », le bain des reliques royales, qui se déroulera du 21 au 28 août à Belo-sur-Tsiribihina. Pour Harea Kamamy, Ampagnito du Sakalava Menabe, qui présidera la cérémonie, cet événement cultuel sera placé sous le signe de l’ouverture et de la transmission afin de perpétuer la tradition.
*Les Nouvelles : Quels seront les temps forts du Fitampoha 2026 ?
– Harea Kamamy : Le point culminant sera le bain des reliques des souverains sur le fleuve Tsiribihina. Le «Fitampoha» s’étale sur une semaine. Le jeudi 20 août sera consacré à une veillée de prières et aux chants sacrés «Kolondoy» afin de solliciter la bénédiction des ancêtres et le bon déroulement de la cérémonie. Cette veillée précédera l’ouverture officielle du Zomba, la case royale. Parmi les rites les plus importants figure la purification quotidienne de l’ «Ampanjaka» et du porteur des reliques, le «Mpibaby», dans les eaux de la Tsiribihina à 3 heures du matin. C’est un moment où, selon la tradition, même les oiseaux ne traversent pas encore le fleuve. Les «Dady» seront ensuite transportés vers l’île sacrée d’Ampasy, choisie par les astrologues et les gardiens des traditions. De nombreux rituels, ainsi que des activités culturelles et artistiques telles que le «Morengy» et le «Kolondoy», rythmeront la semaine jusqu’au bain des reliques.
*Cette édition sera marquée par la présence des reliques du roi Toera.
– Effectivement, c’est la première fois que le roi Andriamilafikarivo (Toera) de son nom posthume, participe symboliquement au «Fitampoha» depuis la restitution de son crâne. Nous espérons que ce sera la dernière fois qu’une telle situation se produira. La parole de l’Ampagnito fait autorité dans la tradition. Avec les «Dady» et les possédés royaux, il détermine la composition des reliques du roi Andriamilafikarivo, constituées des ossements issus de sa dépouille.
*Cette célébration s’adresse-t-elle uniquement aux Sakalava Menabe ?
– Le «Fitampoha» appartient à tous les Malgaches, pas uniquement aux Sakalava. C’est avant tout un moment de communion qui dépasse les origines et les appartenances ethniques. Nous remercions l’État malgache pour la reconnaissance du roi Toera et de ses deux soldats comme héros nationaux. Il faut rappeler que lorsque le roi Toera s’est levé pour défendre Madagascar, il a payé de son sang, tout comme les milliers de victimes du massacre d’Ambiky. J’aimerais que tous les Malgaches fassent preuve du même patriotisme.
*Le rapatriement du Kabeso a-t-il respecté les normes traditionnelles ?
– J’ai volontairement évité d’aborder ce sujet jusqu’à présent. Cependant, il faudra en parler. La famille n’a pas été consultée concernant le passage des reliques au mausolée d’Antananarivo. Plusieurs protocoles étatiques étaient en contradiction avec les protocoles traditionnels. Depuis les préparatifs de la restitution jusqu’à l’arrivée des reliques à Madagascar, de nombreuses étapes n’ont pas respecté les usages coutumiers. Toutefois, notre priorité était que le roi puisse enfin retrouver sa terre d’origine.
*La famille compte-t-elle demander réparation à la France ?
– Demander réparation et reconnaissance relève de la justice. La famille suivra cette affaire de près, car il s’agit d’un crime colonial. Nous appelons à une mobilisation nationale. Il faut rappeler que la Belgique a officiellement restitué une dent, unique reste de Patrice Lumumba, à sa famille en juin 2022 et a présenté ses excuses. De même, le crâne du grand chef Ataï, figure emblématique de la révolte kanak de 1878, a été restitué à la Nouvelle-Calédonie par la France en 2014. Au-delà de la restitution des restes humains, la question de la reconnaissance et du pardon demeure essentielle.
Recueillis par
Joachin Michaël




