Insécurité persistante, corruption, difficultés économiques, incertitudes politiques… La Commission Justice et Paix de l’Eglise catholique romaine à Madagascar dresse un constat préoccupant de la situation nationale. Dans une déclaration publiée le 15 octobre, elle reconnaît certaines avancées réalisées par les autorités, mais appelle à des mesures concrètes pour remédier aux nombreux dysfonctionnements qui continuent de pénaliser la population.
La Commission Justice et Paix de Madagascar ne cache pas ses inquiétudes face à l’évolution de la situation nationale. À l’issue de sa réunion annuelle, tenue les 13 et 14 octobre à Antananarivo, l’organisation présidée par Mgr Benjamin Marc Ramaroson a publié une déclaration passant en revue les principaux problèmes auxquels le pays demeure confronté.
Tout en saluant les efforts entrepris par les autorités, tels que la réhabilitation de plusieurs routes nationales, la réduction des délestages électriques dans certaines localités et l’amélioration de l’approvisionnement en eau, la Commission estime que de nombreuses défaillances persistent.
L’insécurité figure parmi ses principales préoccupations. Meurtres, vols de bétail, profanations de sépultures et violences visant les personnes atteintes d’albinisme alimentent un climat de peur. «La population continue de vivre dans une angoisse permanente», déplore-t-elle.
Sur le plan économique, Justice et Paix dénonce le paradoxe d’un pays riche en ressources naturelles, mais dont la population ne bénéficie guère des retombées. Selon la Commission, les opérateurs étrangers tirent des avantages excessifs de l’exploitation des richesses minières et maritimes, tandis que les citoyens et les collectivités territoriales restent largement à l’écart des bénéfices.
Des engagements encore sans résultats visibles
La lutte contre la corruption fait également l’objet de critiques. La Commission rappelle que les engagements de tolérance zéro annoncés par les autorités avaient suscité de l’espoir. Elle regrette cependant l’absence de résultats suffisamment tangibles et la persistance de l’impunité. «La corruption demeure présente dans tous les secteurs», souligne-t-elle, estimant que les auteurs d’actes répréhensibles continuent d’échapper aux sanctions.
L’organisation s’inquiète parallèlement de la dégradation du système éducatif, de l’accès limité aux soins pour les populations vulnérables et des conséquences environnementales des exploitations minières. Elle dénonce l’absence de réhabilitation de certains sites exploités et les pertes de terres subies par les populations locales.
Sur le volet politique, Justice et Paix exprime des réserves concernant la concertation nationale. Si le processus est engagé, son orientation demeure, selon elle, insuffisamment claire. La Commission redoute ainsi une répétition des crises politiques si leurs causes profondes ne sont pas sérieusement examinées. Elle soulève également des interrogations sur les prochaines élections, particulièrement au regard des difficultés entourant l’enregistrement à la carte biométrique «Izaho Tokana».
Face à ces défis, la Commission appelle les dirigeants à privilégier l’intérêt supérieur de la Nation et le bien commun. Elle insiste particulièrement sur la nécessité du dialogue, de l’écoute mutuelle et du respect de la liberté d’expression.
Son message se veut également un appel à la responsabilité collective. «L’union fait la force», rappelle Justice et Paix, invitant les Malgaches à résister aux divisions et à toutes les formes de domination. Un avertissement aux autorités, mais aussi une exhortation à ne pas perdre espoir dans l’avenir du pays.
Rakoto





