C’en est trop pour le président de la Refondation, Michaël Randrianiriana, qui a organisé une réunion avec des hauts responsables hier à Ivato, pour dénoncer vivement la corruption « galopante » au sein de l’administration publique, notamment de douanes et de la Police de l’air et des frontières (Paf), soit l’inverse de l’effet escompté. Il a ordonné le remplacement des responsables défaillants.
«C’est triste la situation actuelle dans le pays. Il y a de quoi se décourager, tellement c’est difficile de trouver des personnes dignes de confiance. On peut encore compter sur une, deux, trois, quatre ou cinq, mais en dehors de celles-ci, il reste beaucoup à faire », a-t-il déploré.
Le colonel Michaêl Randrianirina est revenu sur une série de saisie d’or, à l’aéroport internationale d’Ivato, ces derniers temps dont celles de 360 grammes et de 13,720 kg. D’après ses explications, ces trafics ont pu être découverts, grâce aux renseignements reçus par l’un de ses collaborateurs, tout en déplorant le manque d’action des agents sur place, « qu’on ne peut pas compter sur eux. Les trafics des ressources naturelles continuent ».
« A chaque fois qu’on mène une enquête, c’est toujours le même refrain. Non seulement, les trafiquants arrêtés sont des récidivistes, mais font également partis d’un réseau ».
« Et pas plus tard qu’hier soir, on m’a réveillé à 2h du matin, pour m’informer que deux ressortissants chinois ont été escortés par des agents, annonçant qu’ils étaient invités par le président. Sur le champ, j’ai ordonné leur arrestation en attendant la suite de l’enquête parce je n’ai jamais invité deux ressortissants chinois ». A vrai dire, « Je ne devrais pas intervenir dans ce genre de situation et avoir à descendre moi-même sur le terrain pour chercher des renseignements. Ce n’est pas le rôle du président », a-t-il fait comprendre.
« Certains pensent que ce régime ne fera que passer et qu’il faut en profiter pour s’enrichir, du sommet jusqu’à la base, avant qu’il ne s’effondre », a-t-il déclaré.
Dans le même ordre d’idée, le chef de l’Etat a par ailleurs fait état de plaintes de membres de la diaspora, relatives au paiement de 10 à 20 euros, exigé par certains agents de l’aéroport.
Sur un ton ferme, Michaël Randrianirina a donné instruction aux ministres concernés de renouveler les équipes travaillant à Ivato, notamment au niveau des douanes et de la Police de l’air et des frontières. Il a également évoqué la possibilité de réaffecter certains agents dans des régions dépourvues d’aéroports internationaux.
Le président a cité publiquement plusieurs noms, notamment Malek Abdoul, M. Paulin et M. Doris, en les associant à des soupçons de corruption. Il a également évoqué des entraves présumées aux contrôles menés par les gendarmes envoyés par la Présidence de la Refondation. Il a demandé que le travail du Bureau indépendant anti-corruption (Bianco) à Ivato soit examiné.
100 tonnes d’or par an
A cette occasion, le président de la Refondation a révélé que 100 tonnes d’or quitteraient chaque année Madagascar à destination de Dubaï.
« J’ai demandé qu’une projection soit réalisée au niveau du guichet », a-t-il indiqué, évoquant la nécessité de mieux contrôler ces flux et de rapatrier les devises générées par les exportations.
Selon lui, les revenus potentiels liés à l’exportation de l’or pourraient atteindre 10 milliards de dollars, alors que la dette du pays s’élèverait à 6 milliards de dollars. Il estime que Madagascar, riche en ressources naturelles, pourrait réduire sa dépendance aux financements extérieurs en valorisant mieux ses richesses.
A travers cette intervention, Michaël Randrianirina entend mettre la pression sur les responsables publics, renforcer la lutte contre la corruption et améliorer la gestion des ressources nationales.
« Personne n’est irremplaçable »
Lors de son intervention, le colonel Michaël Randrianirina a renouvelé ses avertissements à l’égard des agents publics qui ne rempliraient pas correctement leurs missions. Il déplore la persistance de la corruption malgré les mises en garde répétées du pouvoir.
« Personne n’est irremplaçable, ni moi-même », a-t-il affirmé, justifiant ainsi sa volonté de remplacer les équipes jugées corrompues ou inefficaces. Il a appelé les responsables à « revenir dans le droit chemin » et a demandé aux ministres de prendre leurs responsabilités.
Le président a également dénoncé l’indifférence de certains agents face aux difficultés de la population, notamment l’insécurité dans les zones rurales et la précarité. Il les exhorte à prendre conscience de la réalité vécue par les citoyens.
« Si vous ne ressentez pas les souffrances de la population et que vous ne faites pas correctement votre travail, vous devez vous remettre en question », a-t-il insisté.
Onze détenus chinois
L’affaire des onze ressortissants chinois libérés sans autorisation, a également été abordée par chef de l’Etat. Michaël Randrianirina affirme suivre personnellement l’évolution de l’enquête et disposer déjà de plusieurs noms susceptibles au cœur des investigations.
Selon ses dires, deux autres détenus auraient été sur le point d’être libérés. Après la découverte de documents de voyage, ils auraient été rapidement reconduits à Avaradrano. Le président souhaite que les personnes arrêtées puissent fournir des informations permettant d’identifier leurs éventuels complices et de remonter jusqu’à l’ensemble du réseau.
« L’enquête est en cours. J’ai déjà plusieurs noms. Il faut laisser parler les personnes arrêtées pour qu’elles puissent dénoncer leurs complices et révéler les ramifications du réseau », a-t-il expliqué en substance.
Subventions régionales
La gestion des fonds publics a constitué un autre volet de son intervention. Michaël Randrianirina a rappelé que certaines régions bénéficient de subventions pouvant atteindre 20 milliards d’ariary. Le transfert de ces financements vers les régions répond, selon lui, à une volonté de promouvoir la décentralisation et de rapprocher les ressources des populations.
Toutefois, il estime que cette politique doit impérativement s’accompagner de contrôles rigoureux. Le Premier ministre est ainsi appelé à renforcer le suivi de l’utilisation des subventions et à vérifier leurs retombées concrètes sur la population.
« Il faut suivre de près l’utilisation de ces fonds et vérifier s’ils ont réellement un impact sur la population », a-t-il souligné en substance.
Le président a également demandé un examen approfondi des projets financés par les organisations internationales. Il estime que, dans certains cas, leur impact réel sur les citoyens serait limité à environ 10 %. Il a ainsi plaidé pour des audits et un suivi-évaluation permettant de mesurer les résultats obtenus.
Il a rappelé que les prêts contractés pour financer ces projets devront être remboursés par Madagascar, d’où la nécessité de s’assurer que les investissements profitent effectivement aux citoyens.
N.A





