Tsaratanàna, ou quand le joli village inspire toute une nation

Est-il possible de trouver un endroit à Madagascar où les hommes sont en paix avec la nature ? Où les animaux ont trouvé un cadre de vie dans lequel ils se sentent respectés ? La réponse est oui. Cet endroit se trouve dans un écovillage, dont l’un des plus anciens et plus connus au pays est l’écovillage de Tsaratanàna, qui se trouve dans le fokontany d’Antohibe, dans la commune d’Ambohidratrimo, à quelques kilomètres de la capitale. Créé en août 2007, l’écovillage de Tsaratanàna porte une histoire qui marque les habitants de la localité. Immersion dans ce petit village de 2 hectares, qui a redonné sa dignité à de nombreux citoyens et inspiré à Madagascar un modèle de développement simple pour lutter contre la pauvreté.

A sa création en 2007, l’écovillage de Tsaratanàna n’était qu’un terrain vide, dépourvu de vie et d’activités humaines. L’association Yocontigo espérance solidarité internationale, dirigée par ses membres fondateurs, Joaquim Miranda et sa femme Anne, avaient à cœur d’apporter leur aide à des familles démunies, dans la commune d’Ambohidratrimo. Leur objectif était de “redonner à l’homme sa dignité humaine”. Après une période de ciblage des bénéficiaires, le couple avait alors demandé aux familles démunies qui allaient collaborer avec eux de dessiner sur un papier “leur rêve le plus cher”. Etrangement, la plupart des personnes présentes avaient dessiné une maison. C’est alors qu’est né le projet “Une famille, un toit”.

Pendant deux ans, l’association et les familles bénéficiaires ont travaillé ensemble à la création du village. Deux années au cours desquelles le couple Joaquim et Anne Miranda ont pu admirer et s’étonner de la force de travail et la dévotion des ouvriers malgaches. “Ils étaient comme des machines humaines, labourant les terres, les transportant d’un endroit à un autre”, racontent-ils. Le chantier a également permis de servir de support à la formation et au renforcement des compétences des bénéficiaires et de nombreux ouvriers locaux. Le village a ensuite été baptisé “Tsaratanàna” ou “joli village” par les familles bénéficiaires du projet à sa finition en 2009.

Tsaratanàna ne porte pas son nom en vain. Au fil des années, le village est devenu presque un attrait touristique pour les locaux et les touristes non-résidents en quête de bons plans. D’un terrain vide est né un joli village caché dans les arbres, décoré de petites maisonnettes à l’entrée et couronné d’une généreuse végétation. Des fleurs, des arbres fruitiers et des jardins potagers subliment l’endroit. En effet, dans ce village pas comme les autres, l’objectif est de créer, ensemble, un mode de vie convivial et juste pour tous, avec une empreinte écologique minimale. Les choix sont toujours considérés dans la perspective de la durabilité et du bien commun. Mais ce qui attire le plus les visiteurs, c’est le côté écologique du village. En effet, dans cet endroit, pas de produits chimiques pour faire pousser les plantes, pas d’eau de la Jirama pour approvisionner les habitants, et le moins d’achats possible est effectué, les habitants se nourrissant des fruits de leur terre. C’est ce qu’on appelle un mode de vie “autonome”. Les eaux de pluies sont récupérées dans des contenants pouvant atteindre les 40.000 litres. Les toilettes utilisées sont des toilettes sèches et solaires. Des systèmes d’économie d’eau et de recyclage de déchets sont en place. Et même pour cuisiner, faire du gâteau ou des gratins, ils ont des réchauds solaires et des fours solaires. Ce qui suscite encore plus la curiosité des visiteurs.

Tsaratanàna est aussi un lieu d’éducation, car de nombreuses écoles, églises ou associations y viennent pour s’imprégner du modèle de vie exemplaire du village. Dans cet endroit se trouve l’une des plus belles Ecoles primaires publiques (EPP) de l’île, où les enfants sont éduqués au respect de la nature, à l’agriculture et au leadership dès leur jeune âge. Des particuliers viennent aussi s’y former afin de pouvoir reproduire le même modèle de développement dans leur localité respective. Jean Eric Rakotoniaina, l’un des bénéficiaires du projet, se voit actuellement invité par de grandes entreprises pour dispenser des formations en matière de permaculture à des cadres supérieurs. Une situation qu’il n’aurait jamais imaginé, des années auparavant, lorsqu’il pense à ses débuts. Actuellement coordonnateur de l’écovillage de Tsaratanàna, il est devenu presque un militant pour faire en sorte que la population malgache puisse s’imprégner des valeurs écologiques de Tsaratanàna, afin de les reproduire, même à petite échelle, dans leur quotidien. “Des gens qui vivent en ville m’appellent pour leur donner des formations en création de jardin potager vertical ou l’utilisation de lombricompost”, se réjouit-il. Certains même ont même commencé à créer des écovillages inspirés de ce havre de paix dans les régions.

Nambinina Jaozara

Partager sur: