Pascal Boniface: « Le sport est une manière d’exister »

Hier, dans le cadre du cycle de débat d’idées « Lignes franchissables », l’Institut français de Madagascar a invité Pascal Boniface, Directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), consultant pour les questions géopolitiques du Musée de l’Olympisme et membre du Conseil national de l’éthique de la Fédération française de football (FFF).

Son intervention a permis de mieux comprendre la relation entre le sport et la géopolitique dans le monde, en s’appuyant sur les grands événements sportifs qui ont marqué l’histoire, notamment les Mondiaux de football et les Jeux olympiques (JO).
«Dans les Jeux olympiques de l’Antiquité, il y avait déjà tous les éléments que nous retrouvons aujourd’hui dans le sport comme moyen d’exister sur la carte du monde», souligne Pascal Boniface, avant de citer l’exemple de l’Uruguay en matière de football.
«Quel est le premier pays qui a organisé la Coupe du monde de football ? C’est l’Uruguay, un très petit pays, situé entre deux géants : l’Argentine et le Brésil. Lorsqu’un milliardaire uruguayen décide d’investir de l’argent pour inviter des équipes européennes à participer à la Coupe du monde, l’Uruguay devient un point remarquable sur la carte du monde. Le petit Uruguay a ainsi gagné en visibilité face à ses deux imposants voisins brésilien et argentin», explique-t-il.
Abordant le cas du Qatar, Pascal Boniface renforce sa thèse sur l’influence du sport dans la géopolitique mondiale. «En 2022, une autre Coupe du monde a lieu. Qui l’organise ? Le Qatar. L’Emir, lors d’un voyage à Londres dans les années 1990, s’est vu demander par un douanier : “Le Qatar, mais où est-ce ?” Aujourd’hui, nul ne se pose la question de la localisation du Qatar. Tout le monde sait qu’il s’agit d’un pays du Golfe Persique, situé entre l’Arabie Saoudite, un régime sunnite comme lui, et l’Iran, un régime chiite avec lequel il entretient des relations. Depuis l’acquisition du PSG et l’organisation de la Coupe du monde, le Qatar s’est imposé comme un point de repère sur la carte. Avant ces événements, qui connaissait le Qatar, à part les spécialistes du gaz et ceux très au fait de la géographie du Golfe ? Aujourd’hui, sa position est claire pour tous», affirme-t-il.
En conclusion, Pascal Boniface a mis en lumière la puissance du sport pour promouvoir une nation. «Le sport est, en réalité, une ma­nière d’exister, ce que l’on nomme le nation-branding. Les nations sont perçues comme des marques et, pour gagner en notoriété, miser sur le sport peut s’avérer être une stratégie plus efficace que d’autres», conclut-il.

Naisa

Partager sur: