Cri d’alarme

L’insécurité, ce fléau qu’on ne cesse d’en parler et qui continue de faire des victimes dans le pays, que ce soit en ville ou en brousse. Qu’il est déjà loin, très loin, la semaine du sommet de la COI durant laquelle des éléments des forces de sécurité se trouvaient dans chaque coin de la capitale. Ces temps-ci, comme il fallait s’y attendre, on est revenu au galop. Et c’est en toute conscience qu’on le dit, car nous, au sein du quotidien que vous avez entre les mains aujourd’hui, en sommes les victimes à travers notre collègue Benjamin Razanamparany. Comme rapporté dans notre colonne hier, il a été victime d’une agression en s’interposant face aux bandits qui étaient en train d’attaquer un couple en scooter entre le rond-point d’Ankazo­manga et le virage d’Ankasina, dans la nuit du vendredi dernier.
Le pire dans cette histoire, c’est que c’est à travers ce genre de situation que beaucoup de compatriotes hésitent à faire face aux malfrats quand l’occasion se présente. Souvent, il arrive que quelqu’un soit détroussé en pleine rue d’Analakely, sous le regard ébahi des passants, sans que ses cris aient des réponses. C’est le cas aussi dans les quartiers, il arrive rarement que des voisins répondent aux appels à l’aide d’un autre qui se fait cambrioler dans la nuit. C’est donc chacun pour soi. Et c’est vraiment dommage quand on en arrive là.
Il faut donc saluer ce courage de notre confrère qui, même au prix de sa vie, a dû batailler pour que ce couple ne perde pas sa moto. Mais jusqu’à quel point faut-il que l’insécurité empire pour qu’on décide enfin de prendre des mesures concrètes, et non simplement conjoncturelles, souvent motivées par des événements ponctuels ? Ce qui s’est passé à Ankazomanga n’est malheureusement qu’un épisode parmi tant d’autres. Il est devenu trop banal d’entendre parler d’agression, de braquages ou d’attaques de domiciles. Et les citoyens, abandonnés à eux-mêmes, n’ont plus confiance ni en la réactivité ni en la présence réelle des forces de l’ordre.
Le geste héroïque de notre collègue doit faire réfléchir car il n’a pas seulement agi en professionnel engagé, mais en citoyen responsable qui croit encore que l’on peut changer les choses. Il aurait pu rester dans le véhicule, détourner le regard, mais il a choisi d’agir. A travers lui, c’est aussi un cri d’alerte que nous lançons aux responsables : la sécurité n’est pas un luxe, c’est une exigence de l’Etat de droit.

Rakoto

Partager sur: