Regard d’expert; Financement agricole : raffermir l’éducation financière pour développer l’agriculture

Cette semaine, intéressons-nous au secteur agricole. Plus de 80% des foyers malgaches dépendent de l’agriculture pour survivre, et pourtant, ce secteur reste peu développé et faiblement financé par les banques, laissant de nombreux paysans dans la pauvreté. Or, le travail de la terre devrait être une activité génératrice de richesse, puisque de lui dépend la vie économique et sociale du pays. Pour commenter cette situation, nous avons interrogé Fenosoa Rabemanambola, coach financier et expert en finance, fondateur du cabinet L Consulting et collaborateur d’Esprit d’Entreprise. Selon lui, la principale raison du sous-développement agricole à Madagascar est le faible niveau d’éducation financière.

Le financement agricole à Madagascar est rendu difficile par le manque d’éducation financière. Par exemple, prenons le cas d’un producteur de vanille dans la région de Sambava : sans formation sur la gestion de son argent, il peut recevoir des avances de collecteurs avant la saison, mais ne pas savoir comment répartir ces fonds entre achats de matériel, main-d’œuvre et besoins familiaux. En l’absence de planification budgétaire, il risque de dépenser une part trop importante de ces avances pour ses besoins immédiats, ce qui l’empêche de produire la qualité attendue. Avec une formation pratique sur la gestion des coûts, l’épargne et la planification de trésorerie, ce producteur pourrait mieux organiser ses dépenses, sécuriser sa production et rendre son exploitation plus attractive pour le financement bancaire.

Selon Fenosoa Rabemanambola, “le manque d’éducation financière des agriculteurs à Madagascar reflète en réalité un déficit plus large d’éducation de base au sein de la société. Tout dépend de la famille dans laquelle l’enfant grandit. Il ne s’agit pas seulement d’éducation financière, mais d’une éducation générale. Le système scolaire malgache n’aborde pas suffisamment la question de la gestion financière : à l’école primaire, on apprend à calculer un périmètre, mais pas à calculer un coût. La gestion de l’argent et certaines habitudes, ancrées dans la culture locale, doivent évoluer pour améliorer la capacité des producteurs à gérer leurs finances et accéder plus facilement au financement agricole.

Si on tient compte du secteur de la vanille à Madagascar par exemple, il est confronté à un problème récurrent de truquage des produits, qui survient à différents niveaux de la chaîne. Les collecteurs, bénéficiant de financements, répartissent souvent des avances aux agriculteurs avant l’ouverture de la saison, une sorte de réservation anticipée de la production. Cependant, en raison des aléas climatiques et agricoles, les producteurs ne parviennent pas toujours à atteindre la qualité ou les volumes escomptés. Lorsque les rendements sont faibles, des pratiques de truquage peuvent apparaître.

Or, lorsque ces produits arrivent chez les exportateurs, ils ne sont pas acceptés, ce qui entraîne des pertes financières importantes pour ces derniers, qui avaient pourtant investi via des financements externes. Cette situation a pour conséquence de fermer l’accès au financement en amont, les institutions ne finançant désormais que les produits dont la qualité est garantie. En conséquence, les collecteurs doivent souvent mobiliser leurs propres fonds pour sécuriser les achats et poursuivre leur activité, ce qui limite la fluidité et le développement du secteur. C’est la raison pour laquelle il est essentiel de renforcer les compétences financières des acteurs agricoles afin de soutenir durablement la croissance et la modernisation de l’agriculture malgache.”

Propos recueillis par
Nambinina Jaozara

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