Douze ans après sa création en 2014, « Rano Rano- Voix d’insurgés», œuvre pluridisciplinaire de l’écrivain Raharimanana, du musicien Tao Ravao et du photographe Pierrot Men, signe son grand retour au Théâtre de l’Astronef de Marseille ce 23 janvier.
Mise en scène et interprétée par Jean-Luc Raharimanana, portée par la musique de Tao Ravao et les photographies de Pierrot Men, l’œuvre aborde un épisode majeur et encore douloureux de l’histoire de Madagascar, l’oppression coloniale de 1947, dont le nombre exact de victimes continue de diviser les historiens et les mémoires.
« Madagascar, 1947 : rano, rano est la formule que scandaient les insurgés en allant au combat ; rano, rano, pour transformer les balles de l’ennemi en eau… Considérée comme un des signes avant-coureurs de la décolonisation en Afrique francophone, l’insurrection malgache de 1947 dura un an. Le soulèvement contre les colons français, réprimé très violemment, entraînant des dizaines de milliers de morts, a été largement occulté en France et l’est aussi, à Madagascar », confie-t-on.
Œuvre puissante et bouleversante, « Rano Rano – Voix d’insurgés » croise les univers créatifs de trois figures majeures de la scène artistique malgache. La pièce se veut à la fois un acte d’engagement et un travail de mémoire, nourri de récits recueillis en 2008 et 2013 auprès des derniers témoins oculaires des événements de 1947.
Raharimanana écoute, écrit et redonne voix à ces paroles dans un va-et-vient constant entre l’écrit et l’oralité. Tao Ravao, tour à tour au chant, au kabôsy ou à la valiha, accompagne l’indicible. Les photographies de Pierrot Men, des visages et des paysages en noir et blanc, composent un langage visuel d’une force saisissante, où chaque image vaut mille mots.
Peuplée de sons, de récits et de silences, « Rano Rano-Voix d’insurgés » est une exploration de l’humanité bafouée, une interrogation sur le pardon et un hommage vibrant à la résistance.
Joachin Michaël




