Urgence. Un mot que l’on utilise souvent, parfois à tort et à travers, mais qui n’a finalement de sens qu’en fonction de celui qui l’emploie. En parlant d’urgence, il y a un phénomène qui saute aux yeux depuis quelque temps dans la capitale, ce sont les deux-roues qui envahissent littéralement Antananarivo. Motos, bicyclettes… et même ces nouveaux venus qui attirent déjà les regards autour d’Anosy, il s’agit des taxis-vélos. Aussi étonnant que cela puisse paraître, ils ont trouvé leur place, ou plutôt, ils l’ont prise. Les abris-bus et les arrêts de taxi traditionnels leur servent désormais de points de stationnement improvisés. Et
ils ont, comme tout acteur économique, leurs clients, leurs habitués, et donc leur petit marché.
A côté d’eux, les taxis-motos poursuivent leur expansion fulgurante. Il suffit de sortir dans n’importe quel quartier pour en croiser une dizaine regroupée au coin de la rue, prêts à embarquer un passager pressé. Leur présence est devenue si massive qu’elle modifie même la physionomie du trafic. Lors des embouteillages monstres dans les heures de pointe, il arrive que motos et vélos soient plus nombreux que les voitures, se faufilant entre les files comme si la ville leur appartenait.
Mais tout cela révèle une réalité beaucoup plus profonde. Antananarivo étouffe. La capitale est saturée, dépassée, incapable d’absorber la population qui y vit, y travaille, y circule ou tente d’y circuler. Cette asphyxie se lit dans la mobilité car si les deux-roues se multiplient, ce n’est pas par effet de mode, c’est par nécessité. Parce que la ville ne tient plus. Parce qu’elle n’arrive plus à contenir le flux quotidien de ses habitants. Jusqu’à quand ? Personne ne le sait vraiment. Ce qui est sûr en revanche, c’est que la situation ne peut plus durer ainsi.
Et pendant que la capitale cherche de l’air, le pays, lui, cherche une sortie. Sortie de crise, sortie de l’impasse politique et sortie de l’attente. On discute encore de la fameuse feuille de route à proposer à la Sadc. Là encore, chacun a son urgence entre celle des acteurs politiques, celle de la communauté internationale, celle des citoyens qui, entre deux embouteillages et trois coupures d’eau, espèrent simplement une amélioration de leur situation.
Alors oui, l’urgence est relative. Elle dépend des besoins, des positions, des circonstances. Mais peut-être qu’un jour, nous aurons enfin une urgence commune : celle de remettre le pays dans le bon sens.
Rakoto




