Toujours trop tard

Chez nous, il existe une tradition politique qui ne se dément ja­mais. Pendant des an­nées, le fichier électoral n’intéresse presque personne. Les campagnes d’inscription passent dans une indifférence générale. Les agents de recensement frappent aux portes, les fokontany invitent les citoyens à vérifier leurs informations, les plateformes numériques sont ouvertes, mais la mobilisation reste timide. Et puis, c’est au moment des scrutins que la liste électorale devient le sujet le plus débattu du pays.

C’est toujours au dernier moment que surgissent les grands défenseurs de la trans­parence électorale. On découvre alors que la liste serait imparfaite, que certains noms se­raient en double, que d’autres auraient disparu, que des électeurs fantômes existeraient, que les cartes d’identité po­se­raient un problème. Les conférences de presse se multiplient, les com­muniqués s’enchaînent et chacun explique pourquoi le processus n’est pas crédible. Trop tard.

Pourtant, une question mérite d’être posée, où étaient toutes ces voix lorsque la liste était en cours de révision, com­me c’est le cas aujourd’hui ? Pourquoi ceux qui dénoncent hier les irrégularités encouragent-ils les citoyens à s’inscrire ou à faire corriger leurs informations ? Une liste électorale ne tombe pas du ciel.

La démocratie ne com­mence pas le jour du dépôt des candidatures, encore moins le jour du vote. Elle commence bien avant, avec un geste simple quand il faut s’assurer que son nom figure correctement sur la liste électorale. Ce de­voir civique est souvent négligé. Beaucoup dé­couvrent seulement à la veille des élections qu’ils ne sont pas inscrits, que leur bureau de vote a changé ou que leur si­tua­tion administrative n’est pas conforme. La res­ponsabilité est alors im­médiatement transférée aux institutions, comme si le citoyen n’avait au­cun rôle à jouer.

Cela ne signifie évidemment pas que les autorités électorales doivent être exonérées de leurs responsabilités. Au contraire, elles ont l’obligation de garantir un fichier fiable, transparent et régulièrement mis à jour. Les critiques sont légitimes lorsqu’elles reposent sur des faits et visent à améliorer le système. Mais elles perdent une partie de leur force lorsqu’elles deviennent un réflexe saisonnier, activé uniquement lorsque les enjeux politiques deviennent imminents.

Il faut reconnaître que la crédibilité d’une élection ne dépend pas seulement de la qualité des institutions ; elle repose également sur l’engagement des électeurs. Plus encore, les élections ne se préparent pas quel­ques semaines avant le scrutin. Elles se préparent dès l’ouverture des opérations de recensement et de mise à jour des listes. C’est à ce moment-là que chacun peut agir concrètement. Et c’est justement le cas depuis hier. C’est une responsabilité collective de faire en sorte que cette liste soit, une fois pour toute, fiable.

Rakoto

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