Arai : plus de 200 milliards d’ariary d’avoirs, saisis en 2025

En une année, l’Agence de recouvrement des avoirs illicites (Arai) annonce avoir saisi plus de 200 milliards d’ariary d’avoirs. Ce résultat témoigne de l’ampleur des flux financiers illicites et de l’efficacité du dispositif de recouvrement. Mais le rapport met en lumière une institution encore fragile, freinée par un manque de ressources humaines, des lenteurs judiciaires et un cadre légal incomplet.

Rado Rajohnson, directeur général de l’Agen­ce de recouvrement des avoirs illicites (Arai), a présenté, hier à Imeriman­jaka le rapport annuel 2025. Au 31 décembre 2025, les opérations de gel ont permis de bloquer 144,260 milliards d’ariary, ainsi que 954,5 millions d’euros et 140,5 millions de dollars répartis dans 1701 comptes bancaires et 307 comptes de mobile money.
A ceux-là s’ajoutent de nombreux biens matériels saisis comme des véhicules, des motos, des navires, 250 tonnes de manganèse, 15,645 kg d’or et des terrains totalisant 535 hectares. L’ensem­ble de ces biens est évalué à plus de 20,127 milliards d’ariary.
Ces chiffres illustrent une intensification des opérations de recouvrement des biens illicites, dans un con­texte où la corruption et les détournements de fonds publics continuent de peser lourdement sur l’économie nationale.

641 personnes impliquées
Les procédures engagées concernent 641 personnes impliquées dans des affaires de détournement de fonds publics et d’abus de pouvoir. Parmi elles, 15 % sont des agents de l’État tandis que 65 % relèvent du secteur privé.
Malgré ces résultats, l’efficacité de l’Arai reste limitée par de nombreux obstacles. Le cadre juridique actuel ne permet pas encore d’appliquer pleinement certains mécanismes essentiels, nota­m­ment la confiscation sans condamnation définitive ou la saisie pénale immobilière. La lenteur des procédures judiciaires constitue un autre frein majeur, réduisant le nombre de décisions définitives de confiscation et augmentant le risque de voir les biens disparaître avant leur récupération effective.

Coopération internationale
A ces contraintes s’ajoutent des difficultés opérationnelles quotidiennes. Se­lon le directeur général de l’Arai, Rado Rajohnson, l’exécution des décisions de confiscation sans mesures conservatoires préalables particulièrement complexe et la conservation des biens saisis, pose des problèmes logistiques et financiers im­portants.
Mais le principal défi reste dans les moyens à déployer. L’agence ne dispose actuellement que de 24 agents alors qu’elle a un besoin minimum de 52 em­ployés pour fonctionner efficacement. Ce sous-effectif affecte l’ensemble de la chaîne de recouvrement, du traçage des avoirs, confie le directeur général.
Le rapport évoque également une méconnaissance des mécanismes de recouvrement par certains acteurs et un niveau d’engagement encore insuffisant au sein des institutions concernées qui ralentit les procédures. Les difficultés à mettre en œuvre la coopération internationale dans les opérations de recouvrement compliquent davantage la localisation et la récupération des avoirs à l’étranger.
Face à cette situation, l’agence préconise l’adoption d’un cadre juridique et institutionnel conforme aux standards internationaux et l’augmentation de son budget. Elle demande l’octroi de pouvoirs de police judiciaire à l’Unité de traçage des avoirs criminels, dont l’opérationnalisation figure parmi les principales perspectives.

Tivo Rasam

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