Chaque année, la même scène se rejoue. Dès que l’étiage s’installe, un avion survole les environs d’Andekaleka, de Mantasoa ou de Tsiazompaniry pour ensemencer les nuages avec du sel, dans l’espoir de forcer quelques précipitations à tomber sur les bassins versants qui alimentent la capitale en électricité. L’opération relève d’un exercice de haute précision technique, où les conditions atmosphériques nécessaires restent particulièrement difficiles à réunir. Les habitants d’Antananarivo, eux, ont fini par apprendre le vocabulaire de cette saison : intersaison, niveau d’eau en baisse, dispositions anticipatives. Le mot « délestage », lui, est soigneusement évité dans les communiqués officiels, remplacé par des formules plus prudentes sur les efforts déployés pour couvrir les besoins de la capitale.
Cette année encore, la centrale hydroélectrique d’Andekaleka tourne au ralenti faute d’eau suffisante, et la JIRAMA se rabat sur ses centrales thermiques pour compenser. Des machines vieillissantes, très sollicitées, qui tombent régulièrement en panne quand on leur demande de tourner à plein régime. Un scénario qui se répète, presque à l’identique, depuis plusieurs années, seule change l’ampleur des coupures.
C’est dans ce climat de fatigue et de routine que le nom de Volobe refait surface. Le projet n’a jamais vraiment disparu des radars, mais il vit depuis longtemps la vie discrète des grands chantiers qui se construisent sur le papier avant de se construire sur le terrain. Implantée sur la rivière Ivondro, à une quarantaine de kilomètres de Toamasina, cette installation de 120 MW est conçue pour couvrir environ 15% des besoins électriques nationaux et accroître la capacité de production installée du pays de l’ordre de 20%. Autant dire une réponse de fond, structurelle, à un déficit que les solutions d’urgence, thermique loué, appoint solaire, ne parviennent pas à combler durablement. Le projet, porté par la Compagnie Générale d’Hydroélectricité de Volobe (CGHV), repose sur une concession de longue durée et un investissement estimé autour de 450 millions de dollars, financé pour l’essentiel par de la dette.
EDF, ancrage industriel français
Le tournant décisif du dossier remonte à avril 2025, avec l’entrée d’Electricité de France (EDF) dans le consortium. Confirmée par la signature d’un avenant au contrat de concession au Palais d’Iavoloha, en présence des chefs d’État malgache et français, cette opération a rebattu l’actionnariat de la CGHV : EDF Renouvelables et AXIAN Energy détiennent chacun 37,5%, Africa50 conservant 25%. L’État malgache doit pour sa part intégrer le capital à hauteur de 20% lors de la clôture financière, et l’entrée de la Société financière internationale du groupe Banque mondiale est en cours de finalisation.
Pour l’électricien français, il s’agit d’apporter une expertise éprouvée sur des chantiers hydroélectriques complexes, à l’image du barrage de Nachtigal au Cameroun. Cette caution industrielle est présentée par les partenaires comme un facteur de confiance déterminant pour mobiliser les prêteurs internationaux et sécuriser la dette concessionnelle. Elle traduit aussi la continuité d’un engagement économique français dans un secteur (l’énergie), jugé prioritaire pour le développement de la Grande Île.
Des discussions qui se poursuivent jusqu’en juin 2027
L’engagement des acteurs privés ne dispense pas d’un dialogue serré avec la puissance publique. Dix ans après les premiers accords, l’État et la CGHV ont signé un nouvel avenant et convenu de prolonger leurs discussions jusqu’en juin 2027, afin de finaliser plusieurs volets encore ouverts : la clôture financière, la durée de la concession et les modalités d’entrée de l’État au capital.
Le principal point de négociation demeure le prix de l’électricité. La CGHV met en avant une base de l’ordre de 17 cents le kilowattheure, quand les autorités malgaches ne souhaitent pas dépasser 9 cents ; un écart qui reflète la tension entre la rentabilité attendue par les investisseurs et la soutenabilité tarifaire pour le consommateur et les finances publiques. Selon le calendrier actuel, la clôture financière est visée au second semestre 2027, la construction en 2028 et la mise en service à l’horizon 2031.
Reste que le temps long du projet contraste avec l’urgence du terrain. Volobe promet 3 000 emplois pendant la construction et 200 postes permanents, ainsi qu’une électricité décarbonée et compétitive. Mais ces bénéfices ne se matérialiseront qu’à la fin de la décennie, alors que les coupures, elles, sont déjà là. Entre l’ambition industrielle portée par un partenariat franco-malgache consolidé et la réalité d’un réseau à bout de souffle, Volobe cristallise à la fois les espoirs et les défis de la transition énergétique malgache.
Nambinina Jaozara




