Agriculture malgache: les verrous qui freinent le développement du monde rural

Dans ses rapports sur le diagnostic des revenus ruraux et l’examen des dépenses publiques agricoles à Madagascar, la Banque mondiale identifie les freins à la croissance des revenus agricoles. Mais elle avance aussi des pistes pour inverser la tendance.

Parmi les obstacles, des marchés peu favorables aux producteurs. Les prix des cultures importées et exportées subissent des décotes allant de 21 % à 65 %. Pour cause, les acheteurs se concentrent sur des grandes filières comme la vanille ou le litchi, et certaines politiques publiques, dont les exonérations de TVA sur le riz importé. Du coup, les agriculteurs locaux perdent en compétitivité et réduisent leurs investissements.
Deuxième défi : la faiblesse des infrastructures. Routes dégradées, isolement des zones rurales, coûts de transport élevés. L’écart entre prix à la ferme et prix au marché s’élargit, notamment pour le riz. Cette situation décourage la production et freine l’intégration des marchés.
Troisième contrainte : l’accès limité au financement et au numérique. Les crédits agricoles restent rares et coûteux. Un retard de semis peut faire chuter les rendements de riz de 48 %. La couverture mobile demeure incomplète, l’électricité instable et les compétences numériques faibles. À peine 0,99 % des adultes règlent leurs factures via mobile.

Budgets et dépenses
Quatrième choc : les catastrophes naturelles. En 2022, 54 % des ménages ont subi au moins deux cyclones. Les revenus agricoles ont chuté de 63 %, ceux issus des cultures de 83 %. Les plus pauvres ont payé le prix fort.
Cinquième point faible : des droits fonciers fragiles. L’insécurité foncière favorise l’agriculture sur brûlis et accélère la déforestation, ce qui érode les sols et les revenus.
Enfin, les dépenses publi­ques agricoles restent insuffisantes et mal exécutées. Moins de la moitié des budgets prévus sont effectivement dépensés.
Pourtant, des opportunités émergent. La demande urbaine en riz, viande et volaille progresse. Selon toujours ces rapports de la Banque mondiale, les régions centrales et du Sud tirent profit des filières porcines et bovines. A l’export, Madagascar détient une part dominante de 64 % du marché mondial de la vanille et 25 % des clous de girofle.
Depuis 2010, la demande mondiale a bondi de 600 % pour la vanille et 115 % pour les clous de girofle. La participation au programme Forest Carbon Partnership Facility, ouvre aussi des perspectives.
« Lorsque la productivité agricole stagne, il devient beaucoup plus difficile d’enclencher le cercle vertueux de la transformation structurelle », souligne Francis Muamba Mulangu, auteur du rapport sur le Diagnostic des revenus ruraux.
Et Olive Umuhire Nsaba­bera, économiste principale à la Banque mondiale, de souligner que «stimuler la productivité agricole est donc essentiel, non seulement pour le secteur, mais pour l’ensemble de la trajectoire de développement de Madagascar».

Arh.

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