Mercredi des idées en goguette: Le mérite en sursis

Il fut un temps où réussir un concours administratif relevait presque du sacerdoce. On révisait, on doutait, puis on espérait. Et quand le résultat tombait, il avait le goût d’une victoire honnête. Aujourd’hui, ce goût semble s’être dilué dans une amertume. Car au fond, une question s’impose désormais à tous : à quoi bon trimer pendant des années, multiplier les sacrifices… si, au bout du chemin, tout se joue ailleurs ?
Les récents scandales qui secouent les concours dans le pays n’arrangent rien. Entre soupçons de favoritisme, fuites de sujets, admissions douteuses et transactions financières indécentes, c’est tout un système qui vacille. L’affaire qui éclabousse l’Institut de formation professionnelle des avocats, révélée par le Bianco, a fait l’effet d’un électrochoc. Comment accepter qu’ un candidat puisse être admis en violation flagrante des règles, ou qu’une place puisse s’acheter à plusieurs millions d’ariary ?
Et comme un malheur n’arrive jamais seul, l’École nationale de la magistrature et des greffes (ENMG) se retrouve elle aussi au cœur de la tourmente. Des sujets d’examen vendus, des candidats avantagés… et pour finir, des centaines de jeunes pris en otage d’un système qui les dépasse.
Car c’est bien là le drame, les premières victimes ne sont pas seulement les institutions, mais ces candidats anonymes, ces visages ca­chés derrière des numéros, qui ont tout donné pour réussir. Leur cri du cœur est légitime. Pour­quoi devraient-ils payer pour les dérives de quel­ques-uns ? Pourquoi l’effort honnête devrait-il être balayé d’un revers de main ?
Dans ce contexte, la méritocratie semble être devenue un concept théorique, presque naïf. Dans les discussions, une petite musique s’installe : « Si tu n’as pas de piston, tu n’as aucune chance ». Une phrase banale mais qui en dit long sur l’état d’esprit général. Le mérite ne suffit plus, il faut connaître quelqu’un, appartenir à un réseau, ou pire, être prêt à investir pour espérer réussir.
En tout cas, le risque est grand de voir naître une génération de fonctionnaires davantage préoccupés par le remboursement de dettes invisibles que par le service de l’intérêt général. Et c’est toute la crédibilité de l’administration qui est en jeu. Car comment croire en la justice si ceux qui la rendent ont eux-mêmes été sélectionnés dans la suspicion ?
Pourtant, tout n’est pas perdu. Les appels des candidats, des pa­rents et des syndicats rappellent encore une chose essentielle, c’est qu’il existe encore une majorité silencieuse attachée à l’intégrité. Leur revendication est évidente : sanctionner les coupables et protéger les innocents. Aussi simple que ça.
Au fond, la question dépasse les concours. Elle touche à ce que nous voulons comme société. Il est encore temps de choisir. Mais pour cela, il faudra plus que des discours, il faudra du courage.

Rakoto

 

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