Ne pas faire la fine bouche

Dans le cadre de la coopération entre la Fédération de Russie et Madagascar, l’armée malgache vient de bé­néficier de l’octroi de divers équipements militaires. Parmi ces équipements, ce sont les deux chars russes qui ont surtout attiré l’attention et qui ont suscité beaucoup d’interrogations.
Effectivement, tous se sont demandés : A quoi vont servir ces deux chars ? Madagas­car n’a pas à craindre une agression directe de la part de ses pays voisins en n’ayant pas de frontières communes avec l’un d’eux. On pourra alors considérer que ces chars serviront d’arme de dissuasion. Mais seront-ils efficaces ? On peut se poser la question.
Avec ses 5 000 km de côtes, Madagascar aurait plus besoin d’équipements pouvant servir à les surveiller. Et le pays en manque terriblement. La preuve, les nombreux trafics de richesses naturelles qui sont véritablement pil­lées. Des pillages qui se font principalement par voie maritime.
Et ce n’est pas pour rien que tout le monde s’accorde à dire que les frontières malgaches sont une véritable passoire. On ne sait plus s’il faut en rire ou pleurer. Mais toujours est-il que les trafiquants en tous genres profitent de cette insuffisance chronique de moyens de surveil­lance pour perpétrer leurs méfaits.
Autrement dit, des vedettes rapides auraient été plus opportunes. Non seulement, elles auraient été utiles, entre autres, pour le service des douanes ou bien la marine nationale ou encore certains services publics appropriés tel que le Centre de surveillances de pêche (CSP).
Avec un tel équipement, il serait plus facile de contrôler les activités maritimes. A ce titre, le CSP aurait été en mesure de donner une suite rapide et efficace à la plainte des petits pê­cheurs de Belo/Tsiribi­hina dans la région du Menabe contre les agissements des gros ba­teaux de pêche à leurs encontre.
Selon ces petits pêcheurs, ces grands bateaux de pêche non seulement écument la mer jusque dans les zones de pêche qui leurs sont réservées, mais encore ils détruisent sans vergogne les filets de pêche de ces artisans. Et pire, il arrive même qu’ils sabordent les pirogues utilisées par ces pêcheurs.
Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’il y a d’autres types d’équipements non militaires qui au­raient plus utiles à Ma­dagascar. A ce sujet, si l’on voulait vraiment cette fois-ci gâter l’armée malgache, il aurait été plus judicieux de faire un don d’engins de construction au génie militaire.
Cela contribuera énormément à aider le génie militaire qui est appelé à jouer un rôle de premier plan dans la construction de routes et autres infrastructures. Mais en fin de compte, tant qu’on n’a pas les moyens de s’en offrir par nos propres moyens, on ne peut pas se permettre de faire la fine bouche.

Ranaivo Lala Honoré

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