Finale de la Can 2025: les rapports officiels accablent le comportement du Sénégal

L’enquête publiée le dimanche 5 avril par Le Monde vient de fissurer le socle encore fragile du sacre sénégalais. Tandis que Dakar pavoisait depuis janvier avec sa deuxième étoile, les cinq rapports confidentiels de la Caf, ceux de l’arbitre Jean-Jacques Ngambo Ndala, du commissaire Ahmed Osman, du coordonnateur général Khaled Lemkecher et des deux documents dédiés aux incidents et à la sécurité, dressent un constat sans appel : le 18 janvier à Rabat, les Lions de la Teranga ont bel et bien quitté le terrain sur ordre de leur sélectionneur Pape Bouna Thiaw, à la 97e minute, en pleine prolongation.

Le rapport de l’arbitre est limpide : « Sur instruction de leur entraîneur principal Pape Bouna Thiaw, les joueurs sont rentrés dans le vestiaire. » Douze minutes d’interruption. Douze minutes pendant lesquelles le match s’est arrêté, les supporters sénégalais ont tenté d’envahir la pelouse et les forces de l’ordre ont dû faire usage de la brigade anti-émeute. Sadio Mané est resté sur le terrain, a rappelé ses coéquipiers. Le jeu a repris. Pape Gueye a marqué en fin de prolongation. Sur le terrain, le Sénégal l’a emporté 1-0. Sur le papier, la Caf en a décidé autrement.
Car le règlement de la Coupe d’Afrique des nations est d’une clarté brutale. Articles 82 et 84: tout retrait volontaire du terrain, sans autorisation expresse de l’arbitre, entraîne le forfait automatique. Le jury d’appel de la Caf s’est appuyé sur ces textes le 17 mars pour déclarer le Sénégal forfait et attribuer le titre au Maroc sur tapis vert (3-0). Une décision administrative lourde, inédite à ce niveau de la compétition, qui transforme une victoire arrachée sur le pré en une défaite de bureau.

Le Monde va plus loin encore
Les rapports marocains versés au dossier évoquent explicitement des « instructions » reçues par l’arbitre pendant l’interruption pour ne pas infliger de deuxième carton jaune et donc d’expulsion à deux joueurs sénégalais déjà avertis. Objectif avoué selon la FRMF : « préserver le match » et éviter un scandale médiatique planétaire en pleine finale. Le commissaire et le coordonnateur confirment l’atmosphère électrique et la nécessité de « sauver les meubles ». L’arbitre, lui, a exercé son « autorité exclusive » pour faire reprendre le jeu. Mais le doute est désormais inscrit dans les pièces officielles.
Au regard du droit sportif, l’affaire est loin d’être close. Le Sénégal a saisi le Tri­bunal arbitral du sport (TAS). Il argue que l’abandon n’était que temporaire, que le match a repris avec l’accord de l’arbitre et que la sanction dispro­­portionnée viole le prin­cipe de proportionnalité. La Caf, de son côté, campe sur une lecture littérale du règlement: quitter le terrain, c’est renoncer. Le précédent est dangereux: imagine-t-on demain une équipe en difficulté qui «casse» le rythme adverse en rentrant aux vestiaires pour forcer une négociation ?
L’enquête du Monde ne tranche pas. Elle éclaire. Et ce qu’elle révèle est glaçant pour quiconque croit encore que le sport, même au plus haut niveau, peut se passer de règles claires et de leur application sans états d’âme. Le TAS a désormais la parole. Le football africain retient son souffle.

Naisa

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