Entre le marteau et l’enclume

Dans le cadre de
l’état d’urgence énergétique décrété la se­maine dernière, le plafonnement des prix à
la pompe a été décidé
par l’Etat. Aujourd’hui, cette décision est prise à contre-pied par le Fonds monétaire international (FMI). Pour cette institution financière internationale de Bretton Woods, il faut maintenir l’application du mécanisme d’ajustement automatique des prix des carburants.
Seulement aujourd’hui, la différence entre le prix Fob (environ 6 000 ariary/l) et les prix à la pompe (4 660 ariary/l) fait que si ce mé­canisme continue à être appliqué (avec une évo­lution à la hausse ou à la baisse des prix comprise dans une fourchette de 200 ariary/l), normalement, les prix à la pompe seraient en hausse continue au moins au cours des 7 prochains mois. Ce qui sera déjà dur à supporter pour les consommateurs.
Mais il n’est pas ga­ranti que le prix Fob se maintienne à son niveau actuel. Si la crise au Moyen-Orient persiste et se prolonge, il est certain que les cours mondiaux du pétrole vont s’emballer. Et personne ne peut prévoir jusqu’où cela peut aller. Il n’est pas exclu dans cette éventualité que les cours mondiaux atteignent un nouveau record. Et le cas échéant, va-t-on toujours maintenir le mécanisme d’ajustement automatique ? Jusqu’à quand ?
Pour les institutions financières internationales, ce ne sont pas les éventuelles tensions so­ciales qui peuvent dé­couler de la mise en place d’une telle mesure qui importent. Pour elles, avant tout, c’est
l’état des finances du pays qui passe avant tout. D’ailleurs, pour le cas du mécanisme d’ajustement automatique, le FMI préconise le dé­ploiement de mesures compensatoires en fa­veur des ménages les plus vulnérables. Mais cela ne suffit pas toujours.
L’Etat qui doit toujours et avant tout prendre en compte les éventuels impacts de chaque décision qu’il prend au niveau de la population. Chaque décision peut être cruciale et décisive. C’est certainement pour cette raison qu’il tend plutôt vers un plafonnement des prix à la pompe. Mais quoi qu’il en soit, le choix va être difficile. Le comble est que certaines décisions ne sont pas compatibles.
En effet, d’un côté, ce sont les flux de financement rattachés à la Facilité élargie de crédit (FEC) et la Facilité pour la résilience et la durabilité (FRD) qui risquent d’être compromis. De l’autre, on peut craindre une explosion sociale si jamais les prix à la pompe atteignaient un niveau tel que la population éprouverait des difficultés pour s’en procurer. Dans ces conditions, on peut dire que l’Etat va finalement se trouver entre le marteau et l’enclume.

Ranaivo Lala Honoré

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