En politique, la parole publique n’est jamais anodine. Elle engage, elle expose, elle révèle aussi. Pourtant, certains semblent encore découvrir cette règle élémentaire, comme si l’exercice du pouvoir s’accompagnait d’une immunité contre les faux pas. Les récents propos tenus à Toliara en offrent une illustration presque caricaturale.
Comparer l’actuel Chef de l’État à Nelson Mandela ? Il fallait oser. Le ministre de la Communication et de la culture l’a fait, dans un élan que l’on hésite à qualifier s’il s’agissait d’un enthousiasme débordant ou d’une simple maladresse ? Peut-être un peu des deux. Toujours est-il que la comparaison a de quoi laisser perplexe. Heureusement, d’ailleurs, que le Chef de l’État n’a pas répondu à l’invitation de se lever pour incarner cette analogie improvisée. L’image aurait sans doute été plus embarrassante qu’honorable.
Sans rien enlever aux responsabilités ni aux parcours de chacun, il faut reconnaître une évidence : ce sont deux trajectoires différentes. Certes, tous deux ont connu l’épreuve de la prison, mais la similitude s’arrête là. Nelson Mandela demeure une figure universelle, forgée par des décennies de lutte contre l’apartheid, par des sacrifices personnels immenses et une capacité rare à incarner la réconciliation nationale. Le Chef de l’État, lui, s’inscrit dans un tout autre contexte, avec un parcours politique propre. Vouloir les rapprocher relève moins de l’analyse que de l’exagération.
Alors, emballement de foule ou empressement à plaire ? Difficile à dire. Mais une chose est sûre, c’est que ce type de discours passe mal auprès du grand public. À l’heure où les citoyens attendent des dirigeants rigueur et crédibilité, ces envolées hasardeuses sonnent comme des fausses notes. Elles alimentent une impression d’un décalage entre la parole officielle et le ressenti populaire.
C’est précisément là que le bât blesse. La politique n’est pas un concours de louanges, encore moins une scène de surenchère verbale. La courtisanerie a ses limites et les franchir expose davantage au ridicule qu’à la reconnaissance. Ceux qui gravitent dans le cercle du pouvoir gagneraient à s’en souvenir. Car au-delà des intentions, ce sont les mots qui restent.
On ne le dira jamais assez : chaque prise de parole compte. Elle peut renforcer une image, comme elle peut la fragiliser. Or, ce type de déclaration n’en est pas à son coup d’essai. Et, malheureusement, il y a fort à parier qu’il ne sera pas le dernier. Et c’est peut-être là le plus préoccupant.
Rakoto




