Alors que les enquêtes judiciaires sur la tentative de coup d’Etat et de déstabilisation des institutions, impliquant un ressortissant français, progressent, la tension monte d’un cran entre Paris et Antananarivo. A son tour, la France a convoqué, avant-hier, le chargé d’affaires de l’ambassade de Madagascar à Paris, pour protester contre la décision des autorités malgaches de déclarer persona non grata un agent diplomatique de l’ambassade de France à Antananarivo.
Le colonel Pierre Couve, attaché de sécurité intérieure à l’ambassade de France, en poste depuis 2022, a été sommé de quitter Madagascar dans les plus brefs délais.
Ses «agissements estimés incompatibles avec son statut, tel qu’il découle des investigations actuellement menées par les autorités compétentes concernant des actes de déstabilisation impliquant des ressortissants malgaches et étrangers», a signifié le ministère des Affaires étrangères malgache à l’ambassadeur de France, lors de la convocation de l’Ambassadeur de France, Arnaud Guillois, à Anosy, récemment.
Mais dans un communiqué officiel publié le 29 avril, le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères a rejeté «catégoriquement toute accusation de déstabilisation du régime de la Refondation de la République de Madagascar». Paris juge ces accusations «infondées» et «incompréhensibles», soulignant le soutien qu’elle affirme apporter depuis octobre 2025 au processus politique engagé dans la Grande Île.
La diplomatie française appelle désormais les autorités malgaches à «maintenir un dialogue constructif, à la hauteur de la relation bilatérale et dans l’intérêt de nos deux pays».
Rapports traditionnels
La crise diplomatique s’est probablement intensifiée avec l’inculpation d’un autre ressortissant français, Guy Baret, ancien militaire présenté comme l’un des principaux suspects dans une affaire qualifiée par la justice malgache de tentative de déstabilisation.
Pour rappel le 18 avril, l’ambassade de France dénonçait des rumeurs «mensongères» impliquant la France, qui circulent sur les réseaux sociaux avant de s’interroger sur «l’origine et les motivations de ceux qui diffusent ces dernières, avec la volonté manifeste de nuire aux relations entre Madagascar et la France».
Dans le langage diplomatique, une telle formule n’est jamais anodine. Sans citer explicitement la Russie. En fait, Paris laisse entendre qu’une campagne informationnelle pourrait être à l’œuvre pour détériorer une relation bilatérale historiquement forte.
En tout cas, depuis l’arrivée au pouvoir des autorités de transition en octobre 2025, Madagascar s’est rapproché de Moscou. Coopérations sécuritaires, nouveaux relais diplomatiques et repositionnement stratégique ont progressivement modifié les rapports traditionnels.
Tivo Rasam




