Deux ministres face aux députés: des préoccupations récurrentes soulevées

Entre attentes et réalité du terrain, les députés n’ont pas ménagé leurs critiques ni leurs questions, face aux ministres de l’Intérieur et à celui délégué en charge de la gendarmerie, lors de la première séance de questions-réponses, hier à Tsimbazaza.

Le ministre de l’Intérieur et de la décentralisation, Hanitra Velonjara Tiaray Rakotonandrasana, a répondu à l’invitation, représentant le ministre de la Sécurité publique en mission à l’étranger, aux côtés du ministre délégué chargé de la Gendarmerie nationale Bama Marima, représentant le ministre des Forces armées. Ils étaient accompagnés des staffs techniques des ministères concernés.
Dans l’ensemble, les interventions des députés ont principalement porté sur les questions de sécurité et de gouvernance locale. Et même si des élus ont constaté une nette amélioration de la situation sécuritaire, grâce aux efforts des Forces de défense et de sécurité (FDS), des préoccupations récurrentes ont été soulevées, notamment le manque de moyens comme de véhicules, de motos, de bicyclettes, de drones ainsi que du matériel spécialisé pour les enquêtes criminelles.
Selon eux, les moyens font défaut, les effectifs sont insuffisants au sein des forces de sécurité dans certaines zones, en particulier dans les régions encore confrontées au phénomène du banditisme rural dans les districts d’Andilamena, Mampikony et Tsaratanàna classés zones rouges. Le district de Midongy Atsimo a été présenté comme l’un des plus vulnérables. Les députés ont également pointé du doigt les dysfonctionnements de la gouvernance locale et les retards dans le traitement des demandes émanant des districts.
Plusieurs doléances ont également été émises à cette occasion. A citer la réhabilitation ou la construction d’infrastructures administratives et sécuritaires, notamment des commissariats et bâtiments publics endommagés ou inachevés, à l’exemple du district de Mitsinjo, où des infrastructures ont été détruites par un cyclone.
Par ailleurs, des inquiétudes ont été exprimées concernant des pratiques contraires à l’éthique au sein de certaines forces de sécurité, notamment des suspicions de corruption, la présence de civils armés portant des uniformes des FDS dans certaines zones minières, ainsi que le manque de prise en compte des remontées des élus locaux. Selon plusieurs députés, ce déficit de communication contribuerait à alimenter des tensions sur le terrain, laissant parfois place à la justice populaire.

Comme réponse
Le ministère de la Sécurité publique a indiqué que les dotations en équipements dépendent encore des ajustements budgétaires, tandis que la Gendarmerie nationale a évoqué un manque d’encadrement sur le terrain, tout en annonçant l’acquisition prochaine de 25 motos et la distribution de matériel de communication à certaines brigades.
Le président de l’Assemblée nationale a insisté sur la nécessité pour les ministères de transmettre des propositions écrites concernant les besoins budgétaires afin de permettre aux députés de contribuer aux ajustements dans le cadre des lois de finances rectificatives. Il a également encouragé la saisine du Bianco en cas de divergences entre les données gouvernementales et les réalités constatées sur le terrain.

Décentralisation pas effective
Outre la sécurité, plusieurs problématiques liées à la décentralisation ont également été soulevées. Les députés ont notamment plaidé pour la création de nouveaux districts, communes et fokontany sur la base de critères techniques et non politiques. Ont également été évoqués les retards de paiement des indemnités des chefs fokontany, le manque de formation des maires, les difficultés liées à l’établissement des documents administratifs (copies d’état civil, cartes nationales d’identité), ainsi que les dysfonctionnements du recensement biométrique, avec des retards de paiement pour certains agents.
En réponse, le ministère de l’Intérieur et de la décentralisation a indiqué qu’un cadre législatif relatif à la création des entités territoriales (fokontany, communes, districts et régions) avait été élaboré en décembre 2025, prévoyant un transfert progressif des compétences et des ressources. Le programme Mionjo est également mobilisé pour soutenir une partie des infrastructures et des équipements.
Concernant le recensement biométrique, l’objectif affiché est d’atteindre deux millions d’enregistrements d’ici le 30 juin. Le ministère a précisé que les opérations se poursuivront au niveau local même après la fin de la phase actuelle du projet, avec la mise en place de formations destinées aux maires via des formateurs relais.
S’agissant des chefs fokontany, le ministère a expliqué que les paiements ont été temporairement suspendus en raison de difficultés de contrôle et de l’absence de rétrocessions de certains opérateurs. Un transfert du mode de paiement vers les districts, via bon de caisse ou billetterie, est envisagé. Les nominations feront, quant à elles, l’objet de décisions après une concertation nationale.
La suite de la session, initialement prévue pour ce jour, a été reportée. Aucune nouvelle date n’a encore été fixée pour les prochaines rencontres avec les ministres de l’Éducation nationale, de l’Agriculture et de l’Élevage, des Travaux publics, de l’Industrialisation, de l’Eau ainsi que de l’Économie et des Finances.

S.A

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