Meurtre par superstition des « Zaza varira »: le sociologue, Lanto Ratsida avance une explication rationnelle

Victimes d’une chasse aux sorcières alimentée par des croyances superstitieuses, les enfants albinos ou « zaza varira », et leurs familles, sont dans la tourmente. Le sociologue Lanto Ratsida avance une explication rationnelle à ce phénomène criminel.

* Les Nouvelles : D’après vous, les croyances rituelles et les sciences occultes seraient-elles à l’origine du meurtre des « Zaza varira » ?
– Lanto Ratsida : Pour comprendre, il faut d’abord en finir avec les idées reçues. Ces meurtres atroces ne sont pas ancrés dans une culture ancestrale primitive. C’est l’inverse car c’est une pathologie sociale moderne, qui est un symptôme de notre époque. Si ces meurtres par superstition semblent en hausse, c’est parce qu’elle résulte de trois crises majeures en l’occurrence, la défaillance des institutions, une économie de désespoir et la quête de réponses magiques.

*Vous parlez de défaillance institutionnelle. Quel est le rapport entre l’administration publique et le fait qu’on s’en prenne à un enfant à cause de sa couleur de peau ?
– Il existe un lien direct. En sociologie, on appelle cela l’anomie. Quand l’Etat défaillit, quand la justice est perçue comme corrompue et que les démarches administratives ou légales sont devenues un labyrinthe impossible et fermé pour le citoyen ordinaire, la population se sent abandonnée. Et le contrat social est rompu.

*Autrement dit…
-Les institutions ne protègent plus et ne régulent plus la société, les individus se tournent vers des autorités alternatives. La rationalité légale s’effondre au profit d’une rationalité magico-religieuse. La superstition comble le vide immense laissé par l’Etat.

* Mais comment cette détresse institutionnelle pousse certains à commettre des meurtres par superstition ?
– C’est le deuxième facteur, qui est économique. La pauvreté extrême modifie la perception morale. Face à l’impossibilité absolue de s’en sortir par les voies normales comme le travail, puisque l’ascenseur social est en panne, la superstition devient une stratégie de survie économique, aussi macabre soit-elle.
Il se crée ainsi une véritable « économie souterraine » du crime rituel.

*Jusqu’au sacrifice des enfants !
-Les corps de ces albinos sont transformés en symboles de richesse ou de pouvoir. Des commanditaires souvent fortunés, parfois des hommes politiques ou de riches commerçants, exploitent la misère des exécutants à qui l’on fait miroiter des sommes astronomiques. Ce n’est plus seulement de la croyance, c’est du crime financier drapé dans du mysticisme.
Le manque d’instruction joue aussi un rôle clé dans cette tragédie comme un accélérateur. Dans certaines zones les plus reculées, le niveau d’instruction dépasse rarement 3 à 5 années d’études. En l’absence d’explication scientifique de base permettant de comprendre que l’albinisme est une maladie génétique héréditaire à cause d’un déficit ou une absence totale de production de mélanine, la rareté devient un modèle de « charge magique ».

*Quelles sont donc vos conclusions ?
– La superstition gagne la société, non pas parce que les gens sont « ignorants » par nature, mais parce que la société traverse une crise de repères. C’est le cri de détresse d’une population en situation de stress permanent qui, face à un avenir totalement sombre et à des institutions absentes, cherche des réponses magiques à des problèmes réels.

Propos recueillis par Sera R.

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