A Madagascar, le spectre du tribalisme ressurgit à chaque période de crise politique. Ce fut le cas en 1972, en 1991, en 2002, puis en 2009. La situation actuelle du pays ne déroge pas à ce constat. A chaque fois, la question ne cesse de planer sur les débats de reconstruction du pays, comme si les fractures étaient avant tout ethniques.
Le quotidien des citoyens montre une autre réalité. Dans les régions comme dans la capitale, les préoccupations sont les mêmes avec les routes dégradées, l’accès difficile à l’eau et à l’électricité, l’insuffisance des infrastructures sanitaires, faiblesse des services publics, manque d’opportunités économiques. Ces difficultés ne font pas de distinction de l’origine ni la région. Elles frappent l’ensemble des Malgaches. Depuis plusieurs décennies, même les habitants d’Antananarivo, longtemps perçus comme relativement privilégiés, dénoncent les mêmes défaillances structurelles que celles vécues ailleurs dans le pays.
Face à ces défis, la lutte devrait être collective. Elle devrait rassembler plutôt que diviser. Or, c’est précisément au moment où les enjeux de gouvernance deviennent les plus sensibles que les discours identitaires gagnent en intensité.
En effet, derrière le tribalisme se cache souvent une autre bataille qui ne concerne que l’élite, celle du pouvoir pour l’accès et la maitrise de l’exploitation des ressources naturelles du pays. Il y trouve toute sa place avec les origines ethniques et les alliances visant l’équilibre régional qui deviennent des outils de mobilisation politique.
L’histoire montre pourtant que le tribalisme n’a jamais construit une route, alimenté un réseau électrique ou amélioré un service de santé. Il n’a jamais résolu les inégalités territoriales ni créé les conditions d’un développement durable. Au contraire, il détourne l’attention des questions essentielles et fragilise davantage la cohésion nationale.
Tivo Rasam




