Visites controversées dans les établissements pénitentiaires : « Faux débat » ou transgression de la loi ?

Sous la pression des rumeurs d’évasion et sur les mauvaises conditions de détention des personnalités politiques soupçonnées d’être impliquées dans des affaires sensibles, la ministre de la Justice, Fanirisoa Ernaivo, a fait une descente dans les établissements pénitentiaires d’Avaradrano et de Tsiafahy, pour démentir ces fausses informations divulguées sur les réseaux so­ciaux. Mais ce faisant, elle s’est attirée la foudre des critiques car vérifier de ses propres yeux est une chose, mais publier des images des détenus, en est une autre.
La ministre de la Justice a tout à fait le droit de visiter des prisons, dans le cadre de l’exercice de ses fonctions. Mais là où le bas blesse, c’est qu’une vidéo a été par la suite diffusée, montrant clairement la délégation ministérielle échanger avec les détenus, de manière identifiable. Cela porte atteinte à la présomption d’innocence, à la dignité humaine et le droit à la vie privée qui a déclenché des critiques acerbes parmi l’opinion publique. C’est formellement interdit par la loi sauf accord écrit au préalable des concernés.

« Faux débat »
Mais Fanirisoa Ernaivo voit les choses sous un autre angle tout en dénonçant un «faux débat». Face aux critiques et aux députés hier à Tsimbazaza, la garde des Sceaux a souligné que le débat
s’éloigne des véritables enjeux du système pénitentiaire.
Selon la ministre, la loi lui confère le droit de visiter les établissements pénitentiaires. Elle rappelle que la ministre de la Justice est habilitée à effectuer des descentes dans les prisons, afin de s’assurer que les droits des détenus soient respectés et les procédures judiciaires suivent leur cour.
«Nous avons le droit de nous rendre à tout moment dans les établissements pénitentiaires de Madagascar. Notre mission consiste notamment à vérifier si les droits des détenus sont respectés et, lorsque cela est nécessaire, à attirer l’attention des magistrats sur certains dossiers afin d’accélérer leur traitement», a-t-elle déclaré.
Pour Fanirisoa Ernaivo, le débat devrait se focaliser sur les conditions de détention et le respect des droits fondamentaux accordés aux personnes incarcérées.
«Nous sommes en train de tomber dans le piège d’une fausse polémique», estime la ministre de la Justice. «Il faudrait plutôt chercher à identifier les auteurs des rumeurs qui ont porté atteinte aux droits de ces détenus, présentés comme des corrupteurs, annoncés mort ou encore prétendument victimes d’un empoisonnement», poursuit-elle.

 

N.A

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