Interrogé sur les raisons de son départ pour le club soudanais, Al Merreikh SC, en marge de la passation de service au niveau de la direction de la société de patrimoine Kianja Barea, chargée de la gestion, de l’entretien et de l’exploitation du Stade, hier à Mahamasina, l’ancien sélectionneur des Barea de Madagascar, Romuald Félix Rakotondrabe (Rôrô), a brisé le silence en révélant qu’il n’a touché aucun salaire depuis novembre 2024 alors qu’il a une famille à nourrir.
«J’ai une famille à nourrir », a déclaré Rôrô sans ambages. Le départ pour Al Merreikh SC, club soudanais, est devenu « inévitable » d’autant que depuis novembre 2024, il n’a pas reçu son salaire. Et d’ajouter que dans le sport, l’objectif est toujours de relever de nouveaux défis.
Voilà donc le traitement réservé à un technicien local, artisan d’une médaille de bronze au Chan 2023 et d’une médaille d’argent historique en 2025, qui a sorti la sélection A’ de l’anonymat continental.
Pendant que l’exploit des Barea au Chan était sur toutes les lèvres, le coach restait, lui, dans le rouge. Trois entités sont censées assurer sa rémunération, entre autres, l’Etat avec une part majoritaire, la Fédération malgache. C’était le même scénario en 2024, quand des sources évoquaient des retards chroniques. Mais depuis rien n’a changé. On applaudit le local quand il gagne, on le laisse sécher quand il faut payer.
Cette situation ne relève pas d’un simple « problème administratif ». Elle traduit un manque de considération vis-à-vis d’un entraîneur local. On s’empresse de signer des contrats juteux avec des techniciens étrangers, dont le montant annoncé se lève autour de 18.000 euros mensuels pour certains, tandis que le Malgache qui a obtenu des résultats concrets, doit réclamer son dû.
Malgré tout, après sa démission en novembre 2024, Rôrô a continué à préparer les Barea A et mené l’équipe A’ jusqu’à la finale du Chan 2025, « par passion », a-t-il dit. Mais dans le sport, vivre de sa passion n’est pas impossible.
L’exil comme seule issue
Le départ pour Al Merreikh SC, n’est donc pas un acte de trahison. C’est un acte de survie en quelque sorte, pour un entraineur qui fait ses preuves, ayant du talent à revendre. Le coach a raison de parler de « nouveaux défis ». Mais derrière cette formulation élégante se cache une critique cinglante : Madagascar ne sait toujours pas retenir, ni même simplement rémunérer, ceux qui la font briller. On a vu le même schéma avec d’autres cadres techniques ou joueurs locaux. Les arriérés impayés sont toujours au centre de litige. Et les victimes n’ont qu’une solution pour booster leur carrière, à savoir, l’exil.
Le football malgache ne manquera pas de célébrer le prochain succès continental avec des drapeaux et des beaux discours. Mais tant que l’Etat et la fédération traiteront les salaires des techniciens locaux comme une variable d’ajustement budgétaire, ces succès resteront fragiles et temporairement empruntés. Le message est clair : le talent local a un prix. Et quand on refuse de le payer à sa juste valeur, il va la chercher ailleurs.
Naisa




