Valorisation des plantes endémiques: la « Fagnambamangidy » pour soigner la fièvre

A Madagascar, le mot « tazo » est un terme générique qui désigne la fièvre, qu’elle soit d’origine infectieuse ou non. Pour se soigner contre cette affection, la population du fokontany d’Antsahalalina, dans la commune rurale d’Ambodivoananto, district de Vatomandry, utilise des plantes médicinales. La plante Physena madagascariensis, connue sous le nom vernaculaire de « Fagnambamangidy », en fait partie. Elle a fait l’objet d’une étude menée par Arena Rayan Rakotomalala, étudiant en master de gestion et valorisation des ressources naturelles à l’Institut universitaire de l’innovation technologique (IUIT) de l’Université de Vakinankaratra. Interview.

(*) Les Nouvelles : Pourquoi avez-vous choisi cette plante comme objet d’étude ?

(-) Rayan Rakotomalala Arena : Physena madagascariensis (Physenaceae) est une plante endémique de Mada­gascar. Quelques articles sci­entifiques ont déjà rapporté d’importantes activités biologiques chez cette plante, telles que ses activités cytotoxique et antimicrobienne. Sur la base de ces données scientifiques et des résultats de notre enquête ethnobotanique, nous avons décidé d’étudier son activité antipyrétique sur un modèle animal, en l’occurrence le rat.

* Quels ont été les résultats de votre étude ?
– L’extraction de la poudre de feuilles et de tiges par macération à froid dans une solution hydroalcoolique à 80 % (volume/volume) pendant 48 heures a donné un rendement de 0,56 %. Après une fièvre provoquée expérimentalement par l’administration sous-cutanée d’une suspension de levure de bière à 20 %, une diminution significative de la température rectale a été enregistrée chez les rats traités avec l’extrait de la plante à 500 mg/kg, par rapport au lot témoin. En revanche, aucune différence significative n’a été observée entre les résultats obtenus et ceux du lot traité au paracétamol à 15 mg/kg.

* Quelle est votre conclusion et quelles sont vos recommandations après cette étude ?
– Les résultats de cette étude confirment l’utilisation empirique de cette plante pour abaisser la fièvre, mais il reste à comprendre son mécanisme d’action.
Malgré cette confirmation, l’utilisation abusive des plantes en médecine traditionnelle nécessite de nombreuses réflexions. C’est no­tamment le cas de Physena madagascariensis, déjà connue pour ses effets cytotoxiques. Il est donc nécessaire de préciser la quantité ou la dose maximale à administrer au patient. C’est la raison pour laquelle il est nécessaire de communiquer les résultats de nos recherches aux tradipraticiens et à la population locale. Ce sont eux qui constituent la principale source d’information pour les scientifiques lors de leurs enquêtes ethnobotaniques.

Propos recueillis
par Sera R.

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