Mercredi des idées en goguette: Des raisons de rester

Sensibiliser, informer, prévenir : tout cela est évidemment nécessaire. Face aux dangers des traversées maritimes irrégulières vers Mayotte, la campagne lancée à Maha­janga récemment par l’organisation internationale pour la migration, la Police nationale et l’administration des Douanes mérite donc d’être saluée. Pendant cinq jours, les communautés de Boeny sont invitées à mieux comprendre les risques de ces voyages, les pièges des réseaux de traite et les comportements à adopter en cas d’urgence en mer.

C’est utile. Mais une question demeure : que fait-on après avoir ex­pliqué aux jeunes qu’il vaut mieux ne pas partir ? Car on peut parfaitement leur dire que la mer est dangereuse, que les passeurs ne tien­nent pas toujours leurs promesses et que certaines traversées peuvent tourner au drame. On peut multiplier les campagnes, les affiches, les réunions et les séances de sensibilisation. Mais si, au bout du compte, le jeune regarde autour de lui et ne voit ni emploi, ni formation accessible, ni perspective, le message risque de se heurter à une réalité beaucoup plus puissante.

On dit souvent que ventre affamé n’a point d’oreilles. Il n’est donc pas certain qu’un discours, aussi bien préparé soit-il, puisse convaincre durablement quelqu’un qui ne sait pas comment manger demain.

La question de la migration irrégulière ne peut donc pas être uniquement traitée comme un problème de frontières ou de sécurité. C’est aussi une question sociale et économique. Pour­quoi certains jeunes accep­tent-ils de prendre autant de risques pour rejoindre Mayotte ? Pour­quoi des femmes se laissent-elles séduire par des promesses parfois manifestement trop belles pour être vraies ? Pour­quoi certaines familles considèrent-elles le dé­part comme l’une des rares portes de sortie possibles ?

Il faut évidemment continuer à sensibiliser. Mais il faut surtout offrir des alternatives crédib­les.

Un jeune qui trouve une formation professionnelle, un emploi, un petit financement pour lancer une activité ou simplement une perspective raisonnable de construire son avenir chez lui aura peut-être moins de raisons de croire au mirage d’un ailleurs meilleur. Une femme qui dispose de moyens pour développer une activité économique, accéder à un emploi ou renforcer son autonomie sera également moins vulnérable aux promesses des ré­seaux de traite.

Et derrière les jeunes et les femmes, il y a aussi les familles. Car lorsqu’une famille peine à remplir quotidiennement la marmite, les grandes campagnes de sensibilisation peuvent sembler bien lointaines.

Empêcher les départs dangereux est nécessaire. Donner envie de rester l’est encore davantage. Sensibiliser, c’est expliquer les dangers. Développer, c’est supprimer les raisons de les affronter.

Rakoto

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